Céréales ukrainiennes : Kiev et Moscou signent avec la Turquie et l'Onu un accord "sans précédent"

C’est la première bonne nouvelle de la guerre, obtenue grâce à une médiation de l’Onu et de la Turquie.

Céréales ukrainiennes : Kiev et Moscou signent avec la Turquie et l'Onu un accord "sans précédent"
©AFP

Après cinq mois de guerre en Ukraine, c’est une bonne nouvelle, certainement la première : un accord a été signé vendredi à Istanbul pour débloquer les ports d’Odessa et environs et libérer l’exportation des céréales ukrainiennes, ce qui va permettre d’éviter une crise alimentaire mondiale, sur le continent africain en particulier.

L’accord a été signé par le Russie et l’Ukraine, en présence du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, et du président turc Recep Tayyip Erdogan, dans le grandiose palais de Dolmabahce, ancienne résidence de six sultans ottomans et de Mustafa Kemal Atatürk.

Guterres a salué "le rôle critique" joué par la Turquie dans ce dossier et "l'engagement total" de son staff à l'Onu, qui rédigea le premier draft de l'accord il y a plusieurs semaines.

"C'est un engagement sans précédent de deux parties engagées dans un conflit sanglant", a-t-il souligné, sans se hasarder à prévoir un tournant positif dans la guerre.

M. Erdogan a été plus optimiste, espérant que cet accord serait "une étape importante qui renforcera les espoirs de mettre fin à cette guerre". "Il n'y aura pas de vainqueur dans cette guerre. Celle-ci se terminera à une table des négociations", a exhorté le président turc.

Pour M. Erdogan, c’est une incontestable victoire, qui permettra de redresser une image ternie par un vocabulaire guerrier et des opérations militaires en tous sens sur fond d’élections présidentielles en juin 2023.

Deux textes miroirs

L’Ukraine refusant de parapher tout document avec la Russie, deux textes miroir ont été signés, l’un par le ministre ukrainien des Infrastructures, l’autre par le ministre russe de la Défense, tous deux la mine sombre sous l’œil attentif du ministre turc de la Défense Hulusi Akar.

L'accord établit un corridor maritime en mer Noire à partir de trois ports au sud de l'Ukraine (Odessa, Tchornomorsk, Ioujné) jusqu'à un port d'Istanbul, où les cargaisons seront inspectées conjointement par les Russes et les Ukrainiens. À Istanbul, un centre de coordination (CCC) sera chargé d'établir le calendrier des rotations des navires en mer Noire. Selon M. Guterres, il sera opérationnel "au plus tard dans deux semaines" et les navettes "pourront commencer à ce moment". Les cargos chargés de blé seront escortés par des navires pilotes ukrainiens pour contourner les champs de mines posés par Kiev.

La Marine russe s’est engagée à ne pas attaquer les navires marchands. Moscou a reçu de son côté l’assurance que ses exportations de céréales et d’engrais, qui n’ont jamais fait l’objet de sanctions occidentales, ne le seront pas plus à l’avenir.

À elles deux, l’Ukraine et la Russie assurent 28 % des exportations de céréales dans le monde. Leur blé est particulièrement critique pour des pays comme l’Égypte, le Congo et la Somalie. Attentif à étendre l’influence russe en Afrique, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a prévu une tournée dans plusieurs pays du continent africain (Éthiopie, Ouganda, Congo-Brazzaville et Égypte) la semaine prochaine.

Côté Kiev, le déblocage des ports du sud ukrainiens va "grandement simplifier la logistique et le coût du blé à l'exportation", se félicite l'Ukraine Grain Association (UGA). Les agriculteurs terminent actuellement leur première récolte. Environ 20 millions de tonnes de blé sont en souffrance dans les silos ukrainiens. Une seconde récolte est prévue dans deux mois.

Il n’y a pas que le blé qu’exporte le pays en guerre : l’Ukraine produit aussi de l’orge, du tournesol et du maïs. Près de 8 000 fermes fonctionnaient dans le pays avant la guerre et les agriculteurs continuent de faire leurs récoltes même dans les champs atteints par des obus.

"Un pas dans la bonne direction"

Américains et Européens saluent "le pas dans la bonne direction" que constitue cet accord. "Son succès dépendra de sa mise en œuvre rapide et de bonne foi", a notamment précisé le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell.