La centrale de Zaporijjia au centre de discussions à l'ONU: "La Russie peut provoquer la plus grande urgence radioactive de l'histoire", avertit Zelensky

Les bombardements ont continué dans la nuit de mercredi à jeudi sur la ligne de front en Ukraine, y compris non loin de la centrale nucléaire de Zaporijjia qui sera dans la journée au menu d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU.

A Nikopol, dans le sud-est du pays, à une centaine de kilomètres de la centrale de Zaporijjia, qui se trouve de l'autre côté du fleuve Dniepr, le gouverneur Valentyn Reznichenko a fait état de trois morts et neuf blessés dans des bombardements russes nocturnes avec des lance-roquettes multiples Grad.

Dans l'est, dans le bassin minier du Donbass, le chef de l'administration militaire de la région de Donetsk, Pavlo Kyrylenko, a annoncé sur Telegram jeudi matin que 11 civils avaient été tués dans les dernières 24 heures.

Les forces russes pilonnent sans répit la ville de Soledar, une cité industrielle de 11.000 habitants avant la guerre, et tentent d'en chasser l'armée ukrainienne afin d'avancer vers la ville voisine, plus grande, de Bakhmout.

Depuis que les troupes russes ont mis fin à leur offensive sur Kiev fin mars et se sont retirées des alentours de la capitale, le Kremlin a fait du Donbass, en partie contrôlé depuis 2014 par des séparatistes prorusses, son objectif principal.

L'avancée russe, réelle, est très lente et la guerre s'est transformée en duel d'artillerie entre deux armées retranchées autour de quelques localités.

"Génocide ciblé"

Parallèlement, en Lettonie, le parlement a adopté mercredi une déclaration qualifiant la Russie d'"Etat soutenant le terrorisme" et "les violences russes à l'encontre des civils ukrainiens" de "génocide ciblé".

Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, s'est dit "reconnaissant" envers le Parlement letton jeudi sur Twitter, estimant que la déclaration arrivait "à point nommé". Il a appelé "les autres pays et organisations" à suivre cette démarche.

Une réunion convoquée jeudi après-midi à l'ONU à la demande de la Russie examinera la situation sécuritaire du site nucléaire de Zaporijjia, le plus grand d'Europe, qui inquiète la communauté internationale.

Moscou et Kiev s'accusent mutuellement d'avoir bombardé la centrale la semaine dernière, sans qu'il soit possible de vérifier ces déclarations de source indépendante.

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a indiqué que son directeur général, Rafael Grossi, informerait le Conseil de sécurité de l'ONU "de la situation en matière de sûreté et de sécurité nucléaires" à la centrale, ainsi que de ses "efforts pour convenir d'une mission d'experts de l'AIEA sur le site dès que possible".

L'AIEA a déclaré que son rapport détaillerait la manière dont les bombardements sur le site la semaine dernière "ont violé pratiquement tous les sept piliers indispensables de la sûreté et de la sécurité nucléaires".

"La Russie est maintenant un Etat terroriste et prend en otage la centrale nucléaire, en faisant un chantage à la catastrophe nucléaire", a déclaré jeudi le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d'une allocution destinée à une conférence de donateurs à Copenhague.

"La Russie peut provoquer la plus grande urgence radioactive de l'histoire à la centrale nucléaire de Zaporijjia. Et les suites peuvent être pire encore que celles (de l'accident en 1986) de Tchernobyl", a-t-il ajouté.

Mercredi, le groupe des sept pays les plus industrialisés (G7) avait exigé que "la Russie rende immédiatement à son propriétaire souverain légitime, l'Ukraine, le contrôle total de la centrale", accusant Moscou de mettre "la région en danger".

Mardi soir, l'opérateur ukrainien Energoatom avait affirmé que les forces russes préparaient le raccordement de la centrale à la Crimée, presqu'île du sud de l'Ukraine annexée par Moscou en 2014, et l'endommageaient en procédant à cette réorientation de la production électrique.

"Accidents techniques"

Au Bélarus, l'armée a démenti jeudi les informations sur des explosions qui se seraient produites dans la nuit près d'un aérodrome militaire dans la région de Gomel, dans le sud-est du pays, près de la frontière avec l'Ukraine. Le ministère de la Défense a assuré que l'incident était dû à un véhicule ayant "pris feu".

En Crimée, de puissantes explosions avaient ravagé mardi un dépôt de munitions sur un aérodrome militaire russe, faisant au moins un mort et plusieurs blessés et provoquant la panique parmi les milliers de touristes russes en vacances dans la péninsule. L'armée russe a affirmé qu'aucun tir ni bombardement n'avait été à l'origine de ces déflagrations.

De son côté, Kiev n'a reconnu sa responsabilité dans aucun des deux incidents, mais un conseiller de la présidence, Mikhaïlo Podoliak, a écrit sur Twitter: "l'épidémie d'accidents techniques sur des bases aériennes de Crimée et au Bélarus devrait être considéré par l'armée russe comme un avertissement: oubliez l'Ukraine, enlevez l'uniforme et partez. Ni en Crimée occupée, ni au Bélarus occupé vous ne serez en sécurité. Le karma vous retrouve partout".

Sur le plan financier, l'Ukraine a obtenu de la part de ses créanciers internationaux un moratoire de deux ans sur sa dette extérieure, évaluée à 20 milliards de dollars, a annoncé son Premier ministre Denys Chmygal.

L'économie ukrainienne s'est effondrée depuis le début de l'invasion russe lancée le 24 février, et pourrait voir son PIB plonger de 45% cette année, selon les dernières estimations de la Banque mondiale.