La mort de Douguina: un coup des Ukrainiens?

Alors que Moscou accuse Kiev du meurtre, des experts estiment que c’est possible, mais improbable.

Sabine Verhest d'après AFP

Qui a commandité le meurtre de Daria Douguina dans l'explosion de la voiture qu'elle conduisait ? Tandis que la Russie accuse l'Ukraine, cette hypothèse est jugée à la fois possible et improbable par les spécialistes occidentaux du renseignement.

Kiev a d'emblée rejeté les accusations russes, selon lesquelles une Ukrainienne aurait traqué puis éliminé la fille de l'idéologue Alexandre Douguine avant de fuir en Estonie. Sur un tel projet, "il a fallu faire une reconnaissance, suivre (la cible) et faire venir l'équipe qui va se livrer à l'acte. Une personne seule ne peut pas être à l'origine de la reconnaissance et de la partie opérationnelle", affirme Gérald Arboit, expert en renseignement au Conservatoire national des Arts et Métiers. "Pourrait-on acheminer 400 grammes de TNT en Russie ? En théorie, oui. Pourrait-on fabriquer une bombe ? Oui", a affirmé un haut responsable des services ukrainiens sous couvert de l'anonymat. Mais "pour quel profit ? Personne en Ukraine ne sait vraiment qui est Douguine. Qui pourrait en vouloir à sa fille ? La tuer n'a aucun sens". Les experts relèvent que l'assassinat de la fille d'un homme certes soutien du président russe Vladimir Poutine, mais pas forcément très influent, sert la cause de l'homme fort du Kremlin. "Je n'exclus pas que Douguina ait été tuée par les Russes pour développer la guerre en Ukraine de manière non conventionnelle", relève un membre de la communauté française du renseignement.

"Une manipulation du FSB"

Un assassinat ciblé, en l'espèce celui d'une jeune femme, serait en outre contre-productif pour l'image du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui table sur son capital sympathie afin d'obtenir l'aide militaire occidentale dont il a besoin. "Je ne vois pas la rationalité pour les Ukrainiens d'une telle opération, qui est très compliquée à mettre en place. Et je ne vois pas les Américains et les Britanniques les laisser faire", assure Alexander Grinberg, analyste à l'Institut pour la sécurité et la stratégie de Jérusalem. "Tout ça ressemble à une manipulation du FSB pour fragiliser Kiev. D'autant que Douguine n'a pas d'influence réelle au Kremlin."

Dans tous les cas, les accusations russes manquent de substance, avance Alexandre Papaemmanuel, professeur à l'Institut des études politiques à Paris. "On peut être surpris par un narratif délivré très rapidement par les services russes. Généralement, pour un assassinat politique, les enquêtes mettent beaucoup plus de temps à aboutir…" Comme le rappelle Nathan Sales, conseiller du Soufan Group pour le renseignement, "nous savons que le régime de Poutine a par le passé assassiné des citoyens russes au profit de ses agendas politiques domestiques et extérieurs tordus".

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