Guerre en Ukraine : la centrale nucléaire de Zaporijjia plus que jamais source de toutes les frayeurs

La Turquie propose de faciliter le dialogue comme elle l’avait fait pour les exportations de céréales en juillet.

AFP
Guerre en Ukraine : la centrale nucléaire de Zaporijjia plus que jamais source de toutes les frayeurs
©AP

La centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, occupée par les forces russes, a "de nouveau perdu la connexion" au réseau électrique, a annoncé l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dont des experts se trouvent sur place. La déconnexion de la centrale, qui s'était déjà produite le 25 août, est survenue "après de nouveaux bombardements dans la zone", selon l'AIEA. La centrale continue, cependant, à fonctionner "grâce à une ligne de secours" qui l'alimente, permettant ainsi le refroidissement du combustible nucléaire, précise l'agence.

Une perte totale d’alimentation de la centrale - si le courant arrivant depuis l’extérieur est coupé et que les groupes électrogènes de secours ne fonctionnent pas - risquerait d’entraîner une surchauffe des installations. Depuis des semaines, des bombardements visent régulièrement le site de la centrale, dont s’accusent mutuellement la Russie et l’Ukraine, au risque d’une catastrophe nucléaire majeure.

Une offre de médiation turque

Plus tôt, samedi, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait proposé à son homologue russe, Vladimir Poutine, lors d'un entretien téléphonique, la médiation de la Turquie dans la crise autour de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, située dans le sud de l'Ukraine. L'intercession pourrait être calquée sur ce qu'Ankara a "fait pour l'accord sur les céréales" en juillet, a indiqué la présidence turque dans un communiqué, qui ne précise pas si l'offre a également été formellement faite à l'Ukraine.

Le Kremlin a confirmé une discussion entre MM. Poutine et Erdogan, indiquant qu'ils avaient confirmé vouloir "accroître leurs liens économiques et commerciaux", via "des projets stratégiques communs dans le domaine de l'énergie".

Un dialogue à Istanbul

La Turquie veut soumettre une proposition prévoyant, comme elle l’avait fait pour l’accord sur les céréales, la création à Istanbul d’un bureau dédié au dialogue entre des organisations internationales, la Russie et l’Ukraine, pour trouver un point d’entente sur la question du contrôle technique et des inspections de la centrale.

La Turquie entretient de bonnes relations tant avec Moscou que Kiev. Si elle a fourni à l’Ukraine des drones militaires, elle a refusé, en revanche, de se joindre aux sanctions occidentales contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine. En juillet, un accord entre Moscou et Kiev obtenu à la suite d’une médiation turque avait permis la reprise des exportations de blé ukrainiennes, entravées par le blocus maritime imposé en mer Noire par la Russie.

Sur le dossier, également épineux, du gaz, après l'annonce vendredi soir par le groupe russe Gazprom de la prolongation de la suspension de ses exportations à destination de l'Europe via le gazoduc Nord Stream, l'Union européenne a affirmé samedi être prête à une coupure totale du gaz russe. "Nous sommes bien préparés à résister à l'utilisation extrême de l'arme du gaz par la Russie", a déclaré le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni. "Nous demandons aux Russes de respecter les contrats, mais, s'ils ne le font pas, nous sommes prêts à réagir."

Plafonner les prix du gaz russe

Selon Gazprom, Nord Stream, qui relie la Russie au nord de l'Allemagne, doit être "complètement" arrêté jusqu'à la réparation d'une turbine. Le groupe russe n'a pas précisé de date pour la reprise de l'activité. L'annonce de Gazprom est tombée après la décision vendredi des pays du G7 de viser la manne énergétique de la Russie en plafonnant le prix de son pétrole. Et, vendredi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait estimé qu'il "serait temps" de mettre en place un plafonnement du prix du gaz importé par gazoduc depuis la Russie.

Dans l'UE, les stocks de gaz sont actuellement abondés à environ 80 %, "grâce à la diversification" des fournisseurs, même si la situation diverge d'un pays à l'autre, a indiqué M. Gentiloni. Signe de la gravité de la situation, la Suède, appréhendant un "hiver de guerre", a indiqué qu'elle allait fournir des garanties financières aux entreprises énergétiques des pays nordiques et baltes.