À Zaporijia, "la situation est intenable"

L’AIEA appelle à l’établissement d’une "zone de sécurité" autour de la centrale de Zaporijia.

Le nouveau rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique consacré à "la situation de la sûreté, de la sécurité et des garanties nucléaires en Ukraine" était des plus attendus. Car, au fil de ses 52 pages, il évalue la situation de plusieurs installations du pays et, surtout, celle qui fait l'objet de toutes les craintes du moment : Zaporijia.

Le constat dressé par la mission onusienne de soutien et d'assistance à la plus grande centrale d'Europe, qui vient de se rendre sur le site, est clair : "La situation actuelle est intenable et le meilleur moyen pour assurer la sûreté et la sécurité des installations nucléaires de l'Ukraine et de sa population serait de mettre fin à ce conflit armé dès maintenant".

Les belligérants n'en sont cependant pas là. "La reprise des tirs d'obus sur ou près de la centrale de Zaporijia est très inquiétante", et le directeur général de l'AIEA, Rafael Grandi, a réitéré "sa demande de cessation de toute activité militaire de ce type". Si "l'urgence nucléaire" n'a pas encore été déclenchée, les bombardements sur le site et à proximité représentent "une menace constante" pour l'intégrité physique de la centrale. Raison pour laquelle l'Agence réclame leur arrêt immédiat ainsi que "l'établissement d'une zone de protection […] autour de la centrale".

Cela fait des mois que Kiev et Moscou se reprochent mutuellement de menacer la sécurité et la sûreté des installations occupées par les soldats russes depuis mars. Mardi encore, le ministère russe de la Défense a accusé l’armée ukrainienne d’avoir tiré sur la ville d’Enerhodar et sur le territoire même de la centrale, au risque de provoquer une tragédie.

Le président Zelensky, quant à lui, faisait valoir lundi soir qu'"une fois de plus - c'est la deuxième fois - à cause des provocations russes, la centrale nucléaire de Zaporijia a été à deux doigts d'une catastrophe radiologique". Le dernier réacteur en fonctionnement, sur les six que compte la centrale, venait d'être "délibérément déconnecté afin d'éteindre un incendie", avait expliqué l'AIEA par voie de communiqué. Un feu qui "s'est déclaré à cause des bombardements", a affirmé l'opérateur ukrainien Energoatom.

Un risque accru d’erreurs humaines

Les enquêteurs onusiens avaient pu observer, lors de leur mission, que le personnel ukrainien, en nombre limité, était contraint de faire "fonctionner l'installation dans des conditions extrêmement stressantes et sous le contrôle des forces armées russes", alors qu'il devrait pouvoir s'acquitter de ses tâches "sans que des menaces ou des pressions viennent compromettre non seulement sa propre sécurité, mais aussi celle de l'installation elle-même". Les membres du staff et leur famille doivent pouvoir bénéficier, de surcroît, de "tout le soutien nécessaire pour garantir [leur] santé", peut-on lire dans le rapport. "Le fait que le personnel d'exploitation soit soumis à un stress et à une pression élevés et constants pendant l'exploitation de la centrale n'est pas viable." Il pourrait en effet "entraîner une augmentation des erreurs humaines" avec les conséquences qu'on peut imaginer.