"Ces gens nous ont menti": une dispute éclate entre des experts à la télévision russe au sujet de l'invasion en Ukraine

Alors que la télévision russe était encore parfaitement quadrillée il y a peu, des langues commencent à se délier pour critiquer l'invasion de l'Ukraine, orchestrée par Vladimir Poutine.

"Ces gens nous ont menti": une dispute éclate entre des experts à la télévision russe au sujet de l'invasion en Ukraine
©BELGA

Sur le plateau de la chaine de télévision russe NTV, Boris Nadezhdin, ancien membre de la Douma, a fait des déclarations au vitriol au sujet de la guerre en Ukraine. Une anomalie dans le paysage médiatique russe où la communication est fortement encadrée. Depuis quelques temps, il semblerait que le contrôle du président Vladimir Poutine s'estompe et que des voix commencent à s'élever pour critiquer l'invasion russe.

Même s'il ne vise pas immédiatement le chef du Kremlin, Boris Nadezhdin a toutefois reproché les "mensonges" de ses conseillers: "Ils ont convaincu le président Poutine que cette opération spéciale serait rapide et efficace, que la population civile serait hors de danger et que nous allions envahir avec la Garde nationale et les 'Kadyrovtsy' pour mettre de l'ordre. Ces gens nous ont menti", a-t-il déclaré. "Quelqu'un a dit à Poutine que les Ukrainiens allaient se rendre, qu'ils allaient fuir, qu'ils allaient vouloir rejoindre la Russie. Quelqu'un a dû lui dire tout ça. Ils l'ont également dit à la télévision", a ajouté l'ancien politicien.

Selon lui, il sera "absolument impossible" de vaincre l'Ukraine si la Russie ne change pas ses méthodes de "guerre coloniale": "Il y a une armée forte face aux troupes russes, soutenue économiquement et technologiquement par les pays les plus puissants", explique-t-il. "Soit nous optons pour la mobilisation et une guerre ouverte, soit nous quittons l'Ukraine mais le rapport de force n'est pas en notre faveur", argue-t-il. Ainsi, Nadezhdin suggère d'ouvrir des pourparlers de paix pour mettre fin aux affrontements.

Une hérésie pour Sergueï Mironov, député parlementaire présent également sur le plateau, qui défend qu'aucune négociation ne pourra avoir lieu tant que le régime nazi du président Zelensky n'aura pas été détruit. Alexander Kazarov, un autre membre de la Douma, exhorte également Nadezhdin à modérer son langage.

De son côté, l'expert en géopolitique Viktor Olevich a lui abondé en son sens: "On dit que tout se passe comme prévu. Quelqu'un croit-il vraiment qu'il y a six mois, nous avions prévu de quitter Balaklia et de repousser une contre-offensive près de Kharkiv ? Nos services de renseignement auraient dû le prévoir." Il conclut en affirmant que la Russie fait une erreur en niant l'identité ukrainienne.