Guerre en Ukraine: l'OSCE dénonce un climat de "peur et d'intimidation"

L'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) s'alarme, dans un rapport jeudi, de l'intensification de la répression en Russie depuis l'invasion de l'Ukraine, dans le but de faire taire ou fuir les opposants.

Guerre en Ukraine: l'OSCE dénonce un climat de "peur et d'intimidation"
©AP

"La répression s'est progressivement accentuée depuis 2012 et a atteint son point culminant avec les lois adoptées après le début de la guerre", selon ce document de plus de 120 pages, qui évoque "un climat de peur et d'intimidation".

La diffusion de "fausses informations" sur les forces armées russes est ainsi désormais passible de 15 ans de prison.

Cet arsenal juridique a pour effet de pousser les ONG, militants, défenseurs des droits humains, avocats et journalistes "à réduire ou abandonner leurs activités, voire à quitter leur pays", est-il écrit dans le rapport consulté par l'AFP, qui doit être présenté dans la journée au Conseil permanent de l'OSCE.

D'autant que "la persécution se fait au grand jour" et que la propagande bat son plein.

Sous le contrôle direct du président Vladimir Poutine, les autorités ont "pour ultime but la création d'une société monolithique", où tous les opposants sont voués à disparaître de la scène publique, ajoute le document, évoquant "un isolement" croissant de la société russe.

Présente cette semaine à Vienne, siège de l'OSCE, Evgenia Kara-Mourza, épouse du prisonnier politique Vladimir Kara-Mourza, se veut "la voix" de ces opposants réduits au silence.

"Il est très important de se souvenir que cette invasion à grande échelle de l'Ukraine se déroule dans un contexte de répression de masse en Russie", a-t-elle souligné dans un entretien avec des journalistes, alors que plus de 1.300 manifestants protestant contre la mobilisation partielle ont été arrêtés mercredi.

Elle dit observer une prise de conscience: "Même ceux victimes du lavage de cerveau commencent à se poser des questions, quand ils voient qu'une guerre censée durer trois jours dure depuis plus de sept mois" et que les sanctions commencent à peser.

Son mari, féroce détracteur du Kremlin et de l'offensive russe en Ukraine, est détenu depuis avril 2022 dans l'attente d'un procès. Cet ancien journaliste, âgé de 41 ans, est l'un des derniers opposants d'envergure vivant en Russie.

Le rapport est le troisième rendu public par l'OSCE depuis le début du conflit en Ukraine, dans le cadre du mécanisme dit "de Moscou".

Il a été rédigé au mois d'août par un seul rapporteur désigné par 38 des 57 Etats membres, Angelika Nussberger, professeure à l'université de Cologne. La Russie n'a pas répondu à la demande d'organiser une visite sur place.

Les deux premiers rapports avaient pointé des "violations manifestes des droits" par les troupes russes en Ukraine, pouvant constituer des crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

L'OSCE, instaurée en 1975, au coeur de la Guerre froide, pour favoriser le dialogue Est-Ouest, avait mené une initiative similaire en 2018 pour examiner les crimes en Tchétchénie contre les personnes LGBT+ ou encore en 2020, à la suite des élections frauduleuses et de la répression au Bélarus.