"Je me casserai un bras, une jambe, j'irai en prison": De nombreux Russes racontent comment ils fuient la guerre

L'annonce d'une mobilisation générale fait fuir les Russes.

"Je me casserai un bras, une jambe, j'irai en prison": De nombreux Russes racontent comment ils fuient la guerre
©AFP

Depuis l'annonce de Poutine d'une mobilisation partielle, de nombreux Russes s'inquiètent quant à leur avenir. Les achats de billets d'avion ont explosé, les frontières sont prises d'assaut par des conducteurs tentant de quitter le pays.

De premières images des nouvelles recrues ont déjà été publiées, témoignant de la tristesse et de la crainte des familles de ne plus revoir leurs proches. C'est pourquoi de nombreux Russes ont commencé à chercher des moyens d'échapper aux mailles du filet militaire.

Dmitry, un Russe de 28 travaillant dans un bureau à Saint-Pétersbourg, s'est livré à BBC: "C'était comme un film de science-fiction des années 1980. Un peu effrayant pour être honnête avec vous". Le Russe explique comment, suite à sa participation à une manifestation anti-guerre, il a reçu la visite de la police. Suite à celle-ci, il a déménagé en espérant que les autorités le retrouveraient moins facilement. "Je ne suis pas certain de ce que je dois faire ensuite, dit-il. Sauter dans le prochain avion pour l'étranger ou rester en Russie un peu plus longtemps et me faire pourchasser par les flics lors de quelques rassemblements anti-guerre".

Un groupe basé en Serbie, nommé "Russes, Biélorusses, Ukrainiens et Serbes ensemble contre la guerre" a déclaré sur Twitter que "tous les Russes qui voulaient aller à la guerre y sont déjà allés. Personne d'autre ne veut y aller !"

Nikolay, un adolescent russe, a pu acheter un des derniers vols pour l'Arménie. "J'ai 17 ans et je n'ai pas encore reçu de lettre du bureau de recrutement, explique-t-il au média Euronews. Mais j'étudie en ligne, ce qui peut être contesté comme cause d'immunité provisoire, alors nous sommes partis."

Un habitant de Moscou s'est livré dans une interview au Washington Post et a expliqué que l'armée le demandait depuis un moment : "Ils me poursuivent depuis février, essayant de me proposer un contrat", explique-t-il. Il raconte que le bureau d'enrôlement militaire, en possession de son numéro depuis des mois, l'a appelé pour le convoquer, contrairement à la majorité des recrues qui reçoivent des convocations écrites: "On m'a ordonné de passer un test de santé demain matin", a-t-il déclaré. "Donc, je doute que je sois épargné maintenant".

Des familles brisées

Vyacheslav, un Russe vivant à Moscou, raconte à la BBC comment il a commencé à chercher des solutions du côté médical : "La santé mentale ou le traitement de la toxicomanie semblent être de bonnes options, bon marché ou peut-être même gratuites, dit-il. Si vous êtes défoncé et que vous êtes arrêté au volant, avec un peu de chance, on vous retirera votre permis et vous devrez suivre un traitement. Vous ne pouvez pas en être certain, mais avec un peu de chance, cela sera suffisant pour éviter d'être pris dans l'armée."

Son beau-frère, qui était absent lors de la visite des fonctionnaires, a été convoqué et doit se présenter au service le 23 septembre au plus tard. "Il s'est maintenant enfermé dans une pièce et refuse d'en sortir, explique Vyacheslav. Il a deux enfants de trois et un an : que doit-il faire ?"

A Kalingrad, un Russe a déclaré à la BBC qu'il était prêt à tout pour éviter la mobilisation: "Je me casserai un bras, une jambe, j'irai en prison, tout pour éviter tout ça".

Anna, mère de deux garçons dont un âgé de 24 ans, a finalement décidé d'envoyer ses enfants en Arménie suite au discours de Vladimir Poutine: "Je m'y attends depuis la fin du mois de février, j'essayais de me calmer en espérant que cette opération serait terminée, et je ne cessais de repousser cette décision", a expliqué la mère au Washington Post. "Je ne veux pas que mon fils aille à la guerre, c'est inacceptable. Quels sont les objectifs de cette opération ? Pourquoi nos enfants doivent-ils sacrifier leur vie ? Nous n'avons jamais voulu de cette guerre", conclut-elle.

Oleg, un sergent dans la réserve russe âgé de 29 ans, a expliqué au journal The Guardian qu'il savait qu'il serait le premier à être appelé en cas de mobilisation: "Mon cœur s'est effondré lorsque j'ai reçu l'appel mais je savais que je n'avais pas le temps de désespérer", déclare-t-il. Il a en effet décidé d'agir rapidement et a réservé un aller simple pour une ville russe frontalière au Kazakhstan : "Je vais passer la frontière en voiture ce soir", a-t-il déclaré lors d'une interview téléphonique jeudi, depuis l'aéroport d'Orenbourg.

"Je n'ai aucune idée de quand je remettrai les pieds en Russie", a avoué Oleg. Sa plus grande tristesse est de laisser derrière lui sa femme, qui doit accoucher la semaine prochaine: "Je vais manquer le jour le plus important de ma vie, déplore-t-il. Mais je ne vais tout simplement pas laisser Poutine me transformer en tueur dans une guerre à laquelle je ne veux pas participer".