"Peu importe que ce soit des civils ou non. Tuez tout le monde": en Ukraine, le carnage de Boutcha

L'Associated Press et le média Frontline livrent un rapport glaçant basé sur de nombreux témoignages donnés par des Ukrainiens et des appels interceptés suite aux opérations de "nettoyage" des Russes.

In this image from March 4, 2022, surveillance video provided by the Ukrainian government, Russian troops lead nine men at gunpoint to their headquarters on Yablunska Street in Bucha, where they would be tortured and executed. The men were picked up as part of what Russian soldiers called “zachistka” – cleansing. They hunted people on lists prepared by their intelligence services and went door to door to identify and neutralize potential threats. (Ukrainian government via AP)
Sur cette image de la vidéo de surveillance du 4 mars 2022 fournie par le gouvernement ukrainien, les troupes russes conduisent neuf hommes sous la menace d'une arme jusqu'à leur quartier général de la rue Yablunska à Boutcha, où ils seront torturés et exécutés.

A 7 heures du matin le 24 février, le commandant de la 76e division d'assaut aéroportée des gardes russes, Sergei Chubarykin, ordonne à ses troupes de traverser l'Ukraine en passant par le Bélarus pour ensuite se rendre à Kiev.

Ce n'est pas le seul ordre que le commandant a donné à ses troupes. Chubarykin a également commandé à ses hommes de bloquer et de détruire la "résistance nationaliste", d'après le Royal United Services Institute, groupe de réflexion londonien ayant pu examiner les copies de plans de bataille russes. "Ces ordres ont été rédigés au niveau de Tchaïko (officier russe). Il les aurait donc vus et approuvés", a déclaré Jack Watling, chercheur au RUSI, qui a partagé les plans de bataille avec l'Associated Press, Alexandre Tchaïko qui aurait été le superviseur de cette phase de la guerre.

Des opérations de nettoyage

Par la suite, les soldats russes se sont servis de listes procurées par les services de renseignement russes et ont entamé des "zachistka", terme non officiel russe pour définir une opération de nettoyage. Pour ce faire, ils balayaient les quartiers à la recherche de personnes pouvant potentiellement représenter une menace pour la Russie.

L'horreur est palpable dans le témoignage de survivants à Boutcha, qui se sont confiés à l'AP et leur ont appris que les soldats russes ont torturé et tué des personnes à la moindre suspicion.

De plus, de nombreux appels interceptés par l'AP viennent appuyer ces témoignages, démontrant la violence du passage des Russes. Certains soldats expliquent à leurs mères et leurs épouses comment ils ont tué des gens uniquement parce qu'ils se trouvaient dehors, là où "de vrais civils se seraient terrés dans leurs caves".

Un autre se confie à sa femme le 21 mars, comme nous l'apprend le journal 7/7."Je commence à devenir fou, dit-il. J'ai déjà tué tant de civils".

Un dernier explique la teneur de l'ordre reçu: "Nous avons un ordre : Peu importe que ce soit des civils ou non. Tuez tout le monde."

Au mois de mars, les autorités de Boutcha déclarent avoir retrouvé les corps de plus de 450 personnes, comprenant des femmes et des enfants, montrant tous les traces d'une mort agressive.

Un soldat russe explique à sa mère comment certaines de ces atrocités ont été commises. "Il y avait un garçon de 18 ans, fait prisonnier. D'abord, ils lui ont tiré dans la jambe avec une mitrailleuse, puis ils lui ont coupé les oreilles. Il a tout avoué et a été abattu", a-t-il raconté. "Nous ne faisons pas de prisonniers. C'est-à-dire qu'on ne laisse personne en vie."