Guerre en Ukraine: le Kremlin connaît un nouveau revers cinglant, à Kherson

La Russie a essuyé mercredi un nouveau revers majeur dans son assaut contre l'Ukraine en annonçant le retrait de ses forces de Kherson, une capitale régionale du sud ukrainien cible d'une contre-offensive de l'armée de Kiev.

<p>Réunion du président Vladimir Poutine (d) et de son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, le 28 octobre 2022 à Moscou</p>

Ce repli, décidé après le déplacement de quelque 115.000 habitants de la région de Kherson par les forces d'occupation russes, sonne comme une cinglante défaite pour Moscou, déjà contraint d'abandonner la région de Kharkiv (nord-est) en septembre.

Il intervient aussi alors que Vladimir Poutine avait justement ordonné le 21 septembre la mobilisation de quelque 300.000 réservistes pour consolider les lignes russes. Des dizaines de milliers d'entre eux sont déjà dans des zones des combats.

"Procédez au retrait des troupes", a déclaré le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou lors d'une réunion retransmise à la télévision avec le commandant des opérations russes en Ukraine, le général Sergueï Sourovikine, qui venait de préconiser cette décision "pas du tout facile" à prendre.

Le symbole est d'autant plus fort que Kherson, 280.000 habitants avant le conflit, est la seule capitale régionale conquise par les forces russes, au début de leur offensive en Ukraine.

Elle fait aussi partie des quatre zones de l'Ukraine dont M. Poutine avait revendiqué l'annexion par Moscou il y a six semaines à peine. Le président russe avait célébré ces annexions lors d'un concert sur la Place Rouge, sous des banderoles proclamant que la Russie y serait présente "pour toujours".

Kiev circonspect

Mais l'annonce du retrait russe mercredi a été accueillie avec circonspection par Kiev, qui soupçonne depuis plusieurs semaines Moscou de vouloir attirer ses forces dans une difficile bataille urbaine à Kherson.

"Nous ne voyons aucun signe que la Russie quitte Kherson sans combattre. Une partie des (troupes) russes est maintenue dans la ville", a ainsi déclaré un conseiller de la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podoliak.

"Je pense qu'ils mijotent quelque chose (...), peut-être une sorte de piège. Je ne crois pas qu'ils vont se rendre", estime Serguiï Filontchouk, un habitant de Kiev de 48 ans interrogé par l'AFP.

Iaroslav Chamroïenko, un chauffeur de taxi de 36 ans, pense au contraire que l'annonce russe signifie que la contre-offensive ukrainienne "se passe bien" à Kherson. "Il faut déloger les occupants de nos terres", ajoute-t-il.

Concrètement, M. Choïgou a ordonné aux combattants russes de se retirer de la rive occidentale du Dniepr, où se trouve la ville de Kherson, pour établir une ligne de défense sur la rive orientale de ce fleuve qui représente un obstacle naturel.

Le Kremlin a repoussé aussi longtemps que possible ce retrait humiliant, mais la situation était devenue de plus en plus difficile face à une armée ukrainienne visant les lignes d'approvisionnement russes à l'aide d'armements modernes livrés par les Occidentaux .

La région de Kherson est d'autant plus stratégique que son territoire est frontalier de la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou en 2014.

Le général Sourovikine a justifié mercredi le repli par sa volonté de protéger les vies des soldats russes.

M. Poutine ne s'est pas exprimé sur ce retrait, mais des proches du Kremlin, comme le fondateur du groupe paramilitaire Wagner, Evguéni Prigojine, et le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, ont défendu la mesure.

"Entre faire un sacrifice absurde et sauver la vie des soldats, le général Sourovikine a fait un choix difficile, mais juste", a déclaré M. Kadyrov, habituellement considéré avec Evguéni Prigojine comme un partisan de la ligne la plus dure.

Populations déplacées

Depuis l'annexion annoncée fin septembre, Moscou considère Kherson comme faisant partie du territoire national.

Or, M. Poutine a prévenu que la Russie défendrait "par tous les moyens" ce qu'elle considère comme son territoire, d'autres hauts responsables russes brandissant explicitement un possible recours à l'arme nucléaire.

Le général Sourovikine a aussi annoncé mercredi que les autorités d'occupation avaient procédé ces dernières semaines à l'"évacuation" de 115.000 personnes de la rive droite vers la rive gauche du Dniepr.

L'Ukraine a dénoncé ces déplacements de population, les qualifiant de "déportation".

Autre signe de la situation chaotique à Kherson, l'un des plus hauts responsables de l'occupation russe, Kirill Stremooussov, est mort mercredi, selon les autorités locales, dans un "accident de la route" aux circonstances non explicitées.

Alors que l'offensive russe entre bientôt dans son neuvième mois, l'Occident a continué de réaffirmer son soutien militaire, logistique et financier à Kiev.

La Commission européenne a proposé mercredi aux Vingt-Sept pays membres d'accorder à l'Ukraine une aide de 18 milliards d'euros pour 2023, sous forme de prêts.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué "la solidarité" de l'UE, au moment où Kiev s'inquiète d'un éventuel affaiblissement du soutien américain après des élections de mi-mandat aux Etats-Unis à l'issue encore incertaine, même si la Maison Blanche a assuré que son appui serait "infaillible".

Le chef de l'Otan, Jens Stoltenberg, s'est lui aussi voulu rassurant envers Kiev, assurant qu'il y avait "un fort soutien bipartisan aux Etats-Unis pour poursuivre le soutien à l'Ukraine".

Les troupes russes se retirent de Kherson en Ukraine