Né en 1937, Divjak était un personnage hors du commun. Ce général serbe de la JNA yougoslave, formé à Belgrade, diplômé de l'École d'état-major de l'armée française, avait décidé de rester dans la ville assiégée de Sarajevo le 6 avril 1992 alors que les autres généraux serbes rejoignaient la localité de Pale où se concentraient les forces bosno-serbes qui tiraient sur la ville.

Il devint l’architecte de la défense de Sarajevo, en réunissant des milliers de volontaires peu équipés et en marginalisant les chefs de bande qui avaient pris le contrôle de la ville encerclée pour assurer la première ligne de défense contre l’agresseur. Tout autour, et pendant presque quatre ans, de 1992 à 1996, se trouvaient des tanks, des canons, des snipers qui tiraient sur les civils autant que sur les miliciens. Le siège de Sarajevo coûta la vie à près de 5 000 personnes. Une moyenne de 329 impacts d’obus par jour fut enregistrée au long du siège.

Cet engagement aux côtés des Sarajéviens lui avait valu d’être arrêté, le 3 mars 2011, à l’aéroport de Vienne, à la suite d’un mandat international lancé par le régime de Belgrade pour de prétendus « crimes de guerre ». L’Autriche refusa d’honorer le mandat d’arrêt introduit par la Serbie et il put repartir libre.

Humanitaire après la guerre

Après la guerre, il créa à Sarajevo, où il vivait en appartement, une association pour aider à la reconstruction de la Bosnie, notamment en fournissant des bourses d’études aux étudiants. Il envoyait les étudiants en France, en Belgique, en Italie et entretenait de nombreux contacts avec la diaspora bosnienne.

En Belgique, il avait des contacts fréquents avec l’association schaerbeekoise "Écoliers du Monde", qui fournit du matériel scolaire à la Bosnie. " Il était très proche des gens et allait au-delà des barrières sociales ", raconte Jean-François Musin, d’Écoliers du Monde. "Il côtoyait autant le balayeur de rue que les enfants et les politiciens. Avec ces derniers, il les poussait jusque dans leurs derniers retranchements. Ce qui lui faisait mal, c’était la manière dont la Bosnie avait évolué après la guerre : la corruption, la politique faite au niveau des partis et pas des gens. Son dernier projet, c’était de construire un mémorial pour les femmes de Sarajevo durant la guerre".