Raphaël Glucksmann  est devenu, depuis quelques mois, le visage français de la lutte pour le respect des droits des Ouïghours, soumis à une répression de masse dans la Région autonome du Xinjiang, en Chine. À défaut d’avoir prise sur les autorités communistes de Pékin, le philosophe et eurodéputé interpelle les grandes enseignes occidentales – Zara, Nike, Lacoste, Adidas, etc. – pour qu’elles cessent de collaborer avec des fournisseurs et sous-traitants chinois qui utilisent de la main-d’œuvre forcée ouïghoure. Sa pression médiatique, via les réseaux sociaux, a déjà conduit certaines entreprises à revoir leur chaîne de production.

Aujourd’hui, il veut “prouver que le politique peut reprendre la main face aux intérêts privés et que le droit peut l’emporter sur l’argent ou la force”. C’est dans ce contexte qu’il essaie de faire adopter, par le Parlement européen, son rapport d'initiative en faveur d’une législation sur le devoir de vigilance des entreprises de l’Union. Approuvé en commission des Affaires étrangères le 19 novembre dernier, il est à l’examen en commission des Affaires juridiques, avant d’être soumis à l’ensemble de l’assemblée.


“Ce texte vise à remettre de la responsabilité dans cette pyramide d’irresponsabilité qu’est la globalisation, à empêcher les multinationales de détruire l’environnement et violer les droits humains en se cachant derrière leurs filiales et leurs fournisseurs à l’étranger”, explique-t-il sur Twitter. “Il vise à les rendre enfin, civilement et pénalement, responsable de l’ensemble de leur chaîne de production. C’est sur ce point – la responsabilité pénale des dirigeants des grandes boîtes – que le combat fut le plus rude.” Mais il a pu faire “passer ceci : le patron d’une multinationale doit passer en procès si ses fournisseurs exploitent des esclaves ouïghours par ex. ou s’ils saccagent des écosystèmes”.

La Commission européenne, pour sa part, a annoncé pour 2021 une proposition législative visant à rendre obligatoire la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme et de l’environnement pour les entreprises européennes. C'est le commissaire à la Justice, le Belge Didier Reynders, qui la portera et la défendra auprès des États membres et des parlementaires européens. D'ici à ce qu'elle entre en vigueur, de l'eau (polluée) aura coulé sous les ponts.