Europe

Multiplication des sujets qui fâchent et feu nourri entre les deux leaders : il flotte à nouveau un parfum de crise au sein du gouvernement populiste italien, même si personne ne semble vraiment vouloir rompre l'alliance.

L'ambiance est électrique entre la Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), et les crises n'ont pas manqué depuis leur arrivée au pouvoir en juin 2018.

La campagne pour les élections européennes de mai avait déja creusé le fossé, et l'inversion du rapport de force à l'issue du scrutin (le M5S est tombé de 32,5% des voix aux législatives de mars à 17%, tandis que la Ligue a bondi de 17% à 34%) n'a pas rapproché les deux partis, dont les idées semblent de plus en plus inconciliables.

Après avoir réussi à s'accorder pour mettre en place le revenu de citoyenneté et l'abaissement de l'âge de la retraite, ils se déchirent sur l'autonomie des riches régions du Nord, de nouvelles mesures contre les ONG secourant les migrants et des baisses d'impôts, voulues par la Ligue, ainsi que sur l'instauration d'un salaire minimum, portée par le M5S.

La semaine dernière, les révélations de presse sur des tractations entre un proche de M. Salvini et des Russes en vue d'obtenir un financement pour la Ligue ont aussi provoqué le malaise au sein du M5S, né en 2009 du rejet de la vieille classe politique et de ses multiples affaires de corruption.

Et mardi, les deux alliés se sont retrouvés opposés au Parlement européen où le M5S a voté pour la candidature d'Ursula Von der Leyen à la présidence de la Commission européenne, et la Ligue contre.

C'est sur ce point que Matteo Salvini, patron de la Ligue, a lancé la première salve jeudi, accusant le M5S de se préparer à une alliance avec le Parti démocrate (PD, centre gauche), lui aussi favorable à Mme Von der Leyen.

"Si la Ligue veut faire tomber le gouvernement, qu'elle le dise clairement", a réagi Luigi Di Maio, chef de file du M5S.

Le ton est monté toute la journée, M. Salvini assurant avoir "perdu confiance" en son allié, M. Di Maio dénonçant "un coup dans le dos".

"Les torchons brûlent"

Au point que la rumeur d'une rencontre vendredi entre M. Salvini et le président de la République Sergio Mattarella a enflé, tandis que les médias commençaient à envisager des élections anticipées fin septembre.

"Aucun gouvernement ne va tomber demain", a finalement coupé M. Salvini dans la soirée. Mais il a aussi précisé qu'il ne participerait pas au conseil des ministres de vendredi midi, pour passer du temps avec ses enfants.

Vendredi, M. Di Maio a affirmé lui aussi que le gouvernement tiendrait bon. Et à l'issue du conseil des ministres, le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a assuré qu'il avait toute confiance en son équipe, pleinement à l'oeuvre.

"Vent de crise", "Le gouvernement en suspens", "Salvini prépare la crise"..., titraient pourtant les quotidiens de la péninsule, non sans une certaine lassitude.

"Les torchons brûlent depuis des mois et le gouvernement est déjà arrivé à moultes reprises au bord de la crise", écrit La Stampa dans son editorial intitulé "Chronique d'une mort annoncée".

Selon la presse, M. Salvini pourrait être tenté de provoquer des nouvelles élections, alors qu'un sondage Youtrend pour l'agence AGI donnait jeudi la Ligue à près de 37% d'intentions de vote, ce qui lui laisse espérer une majorité absolue avec ses alliés traditionnels de droite et d'extrême droite qui sont dans les starting-blocks.

D'autant que les exigences du calendrier laisseraient alors à un gouvernement technique de transition la responsabilité d'élaborer le budget 2020, qui s'annonce douloureux pour les contribuables italiens.

Dans une interview publiée vendredi par plusieurs journaux européens, Mme Von der Leyen a d'ailleurs promis de "suivre de près la situation italienne", alors que Rome a échappé de peu ces dernières semaines à une procédure d'infraction en raison de sa dette publique colossale.

Mais en dernier ressort, c'est le président Mattarella qui détient les clés du calendrier, et il a déjà montré l'an dernier qu'il tenait avant tout à avoir un gouvernement en place pour élaborer le budget à la rentrée.