Un peu de sursis pour Matteo Salvini: la justice italienne a décidé d'entendre le Premier ministre Giuseppe Conte avant de se prononcer sur le renvoi de son ancien ministre de l'Intérieur.

Le chef de la "Lega" a comparu samedi matin devant un juge du tribunal de Catane, en Sicile, au cours d'une audience préliminaire destinée à statuer sur le bien-fondé des accusations d'"abus de pouvoir et séquestration de personnes" dont il doit répondre.

M. Salvini est accusé d'avoir bloqué pendant l'été 2019 durant plusieurs jours 116 migrants à bord d'un navire des gardes-côtes italiens, le Gregoretti.

Des migrants avaient pu être évacués pour raisons médicales mais 116 autres étaient restés sur le navire près d'une semaine, faute d'autorisation de débarquer de M. Salvini, alors ministre de l'Intérieur d'un gouvernement formé par la Ligue (son parti d'extrême droite) et les anti-système du Mouvement 5 Etoiles (M5S).

M. Salvini est arrivé sans faire de déclarations à la presse. L'audience préliminaire, qui se déroulait à huis clos, a finalement été reportée au 20 novembre. Le juge en charge de la procédure veut entendre le chef du gouvernement, mais aussi l'actuelle ministre de l'Intérieur, Luciana Lamorgese, et le chef de la diplomatie Luigi Di Maio.

La défense de Matteo Salvinia a de son côté demandé un non-lieu alors qu'il encourt jusqu'à 15 ans de prison. Le parquet a lui aussi demandé l'abandon des poursuites mais le juge, comme le prévoit la loi, peut l'obliger à les maintenir, et renvoyer ainsi M. Salvini devant un tribunal pour y être jugé.

Les sénateurs italiens ont levé son immunité parlementaire et il encourt jusqu'à 15 ans de prison mais l'audience de samedi est de pure forme et l'issue du processus judiciaire reste incertaine. Pour Matteo Salvini, la justice se substitue à la voix populaire.

Arrivé en Sicile deux jours avant les débats, il s'est déclaré jeudi "absolument serein" et dit avoir préparé "un beau costume" pour l'audience.

"Je préfèrerais que les juges se consacrent à capturer les mafieux et les délinquants", a-t-il lancé devant ses supporteurs sur l'île qui a vu prospérer l'organisation criminelle Cosa Nostra, et où arrivent chaque année par la mer des milliers de migrants partis d'Afrique du nord.

"Ce sont les Italiens, aux prochaines élections, qui diront si Salvini a bien ou mal agi", a-t-il ajouté.

Dans le système judiciaire italien, le procès proprement dit ne commence qu'à l'issue d'une audience préliminaire devant un magistrat au cours de laquelle le parquet et la défense exposent leurs arguments devant un juge, qui décide sur le renvoi en justice, ou non, du mis en cause.

Le parquet peut demander de classer l'affaire sans suite mais le juge peut ne pas en tenir compte et obliger le ministère public à formuler une accusation.

A l'issue de deux ou trois audiences, le juge devrait prendre sa décision, selon les médias.

L'audience de samedi en Sicile sera uniquement consacrée à la constitution des parties civiles.

Solidarité de droite

Matteo Salvini a convoqué ses troupes à Catane pour trois jours de rencontres et manifestations au cours desquels il veut démontrer avoir le soutien populaire. De nombreux élus nationaux et locaux de la Ligue, ainsi que des alliés d'autres partis de droite, ont annoncé leur présence.

"Pour Fratelli d'Italia (FDI, extrême droite), poursuivre en justice Matteo Salvini parce qu'il a tenté de défendre les frontières nationales et nos lois (...) est une chose erronée et honteuse", a déclaré Francesco Lollobrigida, chef des députés de FDI.

Giorgia Meloni, la patronne de FDI, a annoncé sa participation samedi à Catane à une manifestation à l'issue de l'audience.

La stratégie de la défense de Matteo Salvini est d'impliquer le Premier ministre Giuseppe Conte en assurant que le blocage du navire était une décision collective du gouvernement.

M. Conte conteste cette version des faits, rappelant que Matteo Salvini avait fait approuver à l'époque un nouveau décret-loi renforçant ses compétences.

Matteo Salvini risque aussi d'affronter à court terme un procès similaire, à Palerme, ayant bloqué pendant plusieurs jours à la mi-août 2019 le bateau humanitaire Open Arms devant l'île de Lampedusa.

Ce Milanais de 47 ans était entré dans le gouvernement de coalition de Giuseppe Conte en 2018 après le score historique réalisé par son parti aux législatives, prenant le portefeuille de l'Intérieur.

Mais en août 2019, fort de sondages favorables, "Il Capitano", également vice-Premier ministre, provoque une crise gouvernementale avec ses partenaires du M5S en espérant rebattre les cartes lors de législatives anticipées.

La manoeuvre échoue, M. Salvini est pris à revers: le M5S parvient à constituer un nouveau gouvernement avec le Parti démocrate (PD, centre gauche) et la Ligue est évincée.

Depuis, l'homme a perdu en exposition publique, Giorgia Meloni lui fait de l'ombre, et la pandémie et la crise économique sont devenues la principale préoccupation des Italiens, devant l'immigration.