L'information a été confirmée par l'avocate de Jacqueline Sauvage. "L'affaire Jacqueline Sauvage", avait secoué la France entière, après que cette femme, battue par son mari durant 47 ans, a été condamnée, en octobre 2014, à 10 ans de réclusion par la cour d'assises du Loiret, pour avoir abattu son mari Norbert Marot de trois coups de fusil de chasse le 10 septembre 2012, à leur domicile de La Selle-sur-le-Bied.

La peine avait été jugée injuste par beaucoup, au regard des violences conjugales dont elle avait été victime toute sa vie de la part de son mari. Soutenue par un large mouvement sur les réseaux sociaux, elle est devenue un symbole des maltraitances faites aux femmes. Elle a également bénéficié du soutien public de nombreuses personnalités politiques et du spectacle, dont Muriel Robin, qui a endossé son rôle dans un film en 2018.

En janvier 2016, le président François Hollande lui a octroyé, après avoir rencontré ses filles et ses avocates, une grâce partielle avant de la gracier totalement en fin d'année. Elle avait alors 69 ans.

Toujours selon le quotidien français, Mme Sauvage est décédée le 23 juillet à son domicile de La Selle-sur-le-Bied (Loiret).

Les cause du décès n'ont pas été révélées. Sylvie, l'une des filles de Jacqueline Sauvage, l'a confirmé par SMS à l'AFP, précisant que les obsèques avaient eu lieu mardi.

"Je suis extrêmement triste, je suis très choquée. Elle nous quitte jeune. L'ensemble de ces souffrances a participé à ce qu'elle nous quitte si tôt", a estimé l'une de ses avocates, Me Nathalie Tomasini.

"Jacqueline Sauvage, par son histoire, par son affaire, a participé à éveiller les consciences par rapport à l'existence de ces femmes qui se sont battues pendant des années dans le huis clos familial et dans l'omertà de la société", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"C'est le parcours d'une femme qui a souffert le martyre dans le huis clos familial mais aussi après, compte tenu de l'incompréhension des magistrats", a-t-elle ajouté.

Son histoire et son calvaire avaient pourtant beaucoup ému. Jacqueline Sauvage l'avait d'ailleurs raconté dans un livre, sorti en mars 2017, au titre évocateur: "Je voulais juste que ça s'arrête" (Fayard).

Elle y relatait ses 47 années de vie avec le père violent, jaloux, de ses quatre enfants. "Ma vie me semble un champ de ruines. Mes filles ont subi le pire, mon fils est mort. A quoi bon ? ", écrivait-elle alors, regrettant n'avoir pas "su trouver les mots" lors de ses deux procès.

Dans le livre, elle estimait que les magistrats n'ont pas cherché à la comprendre et qu'ils ont mis en doute la parole de ses filles, qui avaient témoigné à charge contre leur père en expliquant avoir été violées et battues.

Symbole de la vive émotion suscitée par l'histoire de cette femme, un téléfilm, inspiré du livre, "Jacqueline Sauvage, c'était lui ou moi", avec Muriel Robin, avait réuni près de huit millions de téléspectateurs en 2018.

"Jacqueline était devenue le symbole du combat contre les violences conjugales", a réagi mercredi Muriel Robin, qui l'avait incarnée à l'écran.

"La souffrance de Jacqueline n'aura pas servi à rien. En revanche, la souffrance de beaucoup d'autres, plus de 300 par an, n'est pas entendue. Qui prendra le relais ? ", a estimé l'actrice sur Europe 1. "On donne des milliards pour sauver l'économie de notre pays, comment ne trouve-t-on pas un milliard pour combattre les violences conjugales? (...) Il y a plein de Jacqueline Sauvage en France et dans le monde".