Contrairement à l'ancien chef de l'État, jugé pour "financement illégal de campagne", et 13 autres prévenus, l'ancien patron de l'UMP (devenue Les Républicains) a bénéficié d'un non-lieu.

C'est en simple témoin qu'il sera entendu par la 11e chambre, vers 17H00.

"M. Jean-François Copé est serein", a assuré son avocat Me Hervé Temime à l'AFP.

L'actuel maire de Meaux a toujours soutenu qu'il ignorait tout du système de fausses factures mis en place pour faire payer à l'UMP plutôt qu'à la campagne les dépenses excessives - près du double du plafond légal autorisé.

"Tout cela m'a été totalement dissimulé", avait certifié M. Copé aux enquêteurs, assurant avoir tout découvert au moment des révélations dans la presse en 2014.

"Si je l'avais su, dans la minute j'aurais interdit ces pratiques", avait-il aussi dit.

Au terme de l'enquête, l'accusation avait certes trouvé "étonnant qu'il n'ait pas cherché à comprendre" pourquoi son parti se trouvait "au bord du défaut de paiement" à la fin du mois d'avril 2012. Mais elle avait estimé que "rien" ne prouvait que M. Copé ait été informé de la fraude ou qu'il aurait pu la détecter.

Une thèse qui n'a jamais convaincu dans le camp de l'ancien chef de l'Etat - les sarkozystes et les copéistes se sont toujours rejeté la faute. Derrière la bataille judiciaire c'est un différend politique majeur qui se joue entre les deux camps.

Certains des autres prévenus (anciens cadres de l'UMP et de Bygmalion, directeur de campagne, experts-comptables) sont aussi dubitatifs. Au début du procès, les avocats de quatre d'entre eux ont longuement plaidé pour que de nouvelles investigations soient engagées pour "éclairer le rôle" de M. Copé. La question sera tranchée au moment du jugement.

Protéger le patron

"J'aimerais comprendre la stratégie de défense de certains", leur a rétorqué Me Temime. Faire de son client la cible d'une affaire pour laquelle il a été blanchi est "pour le moins problématique", a estimé l'avocat.

Au fil des interrogatoires des prévenus par le tribunal ces deux dernières semaines, le nom de l'ancien patron de l'UMP a continué à être régulièrement évoqué.

Le responsable des meetings chez Bygmalion a notamment raconté sa convocation dans le bureau de Jean-François Copé, qu'il ne connaissait pas, après les révélations dans la presse: "Jean-François Copé entre dans la salle, il me dit +Franck, qu'est-ce que c'est que cette histoire de factures!", avait-il mimé. "Il finit sa tirade, il s'en va", avait-il décrit, parlant de "supercherie" pour couvrir le patron.

"Les décisions stratégiques se prennent à l'Élysée, avec Nicolas Sarkozy", a de son côté assuré au tribunal Jérôme Lavrilleux qui était à l'époque à la fois directeur de cabinet de M. Copé et directeur adjoint de la campagne de M. Sarkozy.

C'est bien l'Élysée qui a décidé de multiplier les meetings (44 au total) au risque d'exploser les comptes de campagne car l'important était de gagner, a soutenu M. Lavrilleux.

Très proche de Jean-François Copé, comme les fondateurs de Bygmalion, Jérôme Lavrilleux avait d'abord été accusé d'avoir imaginé le système frauduleux pour constituer une "caisse noire" pour l'avenir politique de son patron.

M. Lavrilleux, seul à l'UMP à avoir reconnu l'existence de la fraude, a toujours juré qu'il n'en avait jamais parlé à M. Copé pour ne pas le mettre en difficulté. Il l'a répété la semaine dernière devant le tribunal: "je protège mon patron".