De toute la France, elles ont resurgi, des petites pancartes noires aux lettres grises et blanches. Mais cinq ans après l’attentat contre Charlie Hebdo, les hashtags ont changé. De Paris à Marseille en passant par Agen, Grenoble, Lille ou Montpellier, des milliers de personnes ont brandi dimanche leurs affichettes imprimées ou crayonnées à la va-vite pour proclamer #JeSuisProf, #JeSuisSamuel ou encore #JeSuisEnseignant en hommage à Samuel Paty, assassiné vendredi soir à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine.

À 15 heures, la Marseillaise retentit sur le Vieux-Port de Marseille pendant qu’à Paris, officiels et anonymes respectent une minute de silence avant qu’une salve d’applaudissements ne vienne transpercer le silence qui nimbait la place de la République depuis le début de l’après-midi.

"C’est la liberté qui est ciblée"

L’hommage national aura lieu mercredi, a décrété le gouvernement français. Ce dimanche, deux jours après l’attentat, c’est la sidération qui domine toujours. Il y a beaucoup de profs, en activité ou à la retraite, mais pas que. "Il faut au moins être là", estime Eric, 51 ans, chef d’une petite entreprise de transport, qui a fait le déplacement de banlieue vers le centre de la capitale malgré l’épidémie qui flambe à Paris.

Assise sur les marches en bord de place, le regard dans le vide, Sebagh s’interroge. Ce qui s’est passé vendredi "n’est pas normal, c’est la liberté qui est visée ici", s’inquiète cette manutentionnaire. Elle a écrit "liberté" au feutre rouge sur le cahier qu’elle brandit. "La France, pays de la liberté d’expression, de la liberté de dessiner", relit-elle, à peine audible.

Onze gardes à vue

Du côté de l’enquête, on sait désormais que l’assaillant est un jeune homme de 18 ans, Abdoullakh Anzorov, né à Moscou et réfugié en France avec sa famille. Connu de la police pour des faits de droits commun - "des affaires de dégradation de bien public et de violences en réunion alors qu’il était encore mineur" -, il n’avait jamais fait l’objet d’une condamnation, ni attiré l’attention des services de renseignement.

Dans sa ville d’Évreux, ses voisins décrivent un jeune homme "discret", "plongé dans la religion" depuis trois ans.

Ce dimanche, une onzième personne, issue de son entourage, a été placée en garde à vue.

Les parents, qui ont obtenu l’asile politique en France il y a dix ans, le grand-père et le petit frère du tueur, ainsi que des membres de son entourage proche ont été interpellés dès vendredi soir par les policiers.

Le père d’une élève de la victime et un militant islamiste très actif connu de la police, Abdelhakim Sefrioui, ont eux aussi été arrêtés et étaient toujours interrogés depuis samedi. Les deux hommes avaient entamé une campagne de mobilisation pour dénoncer l’initiative du professeur de montrer à sa classe de 4e les caricatures de Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, et appelé à son renvoi du collège.

Les enquêteurs cherchent notamment à établir d’éventuels liens entre ces deux hommes et le tueur. A-t-il été "piloté" ou a-t-il de lui-même décidé de s’en prendre au professeur ?