"Les prochaines étapes, oui, pourraient inclure des sanctions, et je ferai des propositions concrètes en recourant au droit d'initiative qu'a le Haut représentant, combinées à des actions pour lutter contre la désinformation et les cyberattaques", a confirmé l'Espagnol devant l'hémicycle, qui l'attendait de pied ferme après le revers qui lui a été infligé par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Ignorant les appels de l'UE à la libération de l'opposant Alexeï Navalny, la Russie a annoncé pendant la visite de M. Borrell l'expulsion de trois diplomates européens, accusés d'avoir affiché un soutien aux sympathisants de M. Navalny.

Une réunion des ministres européens des Affaires étrangères est programmée le 22 février prochain, avant un sommet européen en mars.

Fragilisé par des critiques d'eurodéputés sur l'opportunité de cette visite à Moscou, Josep Borrell a contre-attaqué en dressant un lourd réquisitoire contre le Kremlin, accusé de n'avoir "pas répondu aux attentes d'une démocratie moderne" depuis une trentaine d'années. "Beaucoup de piliers qui fondaient nos relations ont disparu", a-t-il ajouté, citant les différends sur l'Ukraine, dans le Caucase, en Transnistrie ou concernant la Biélorussie.

Les sanctions économiques ont tendu les relations, de même que la fourniture d'énergie - levier d'influence primordial pour le Kremlin qui compte notamment sur le nouveau gazoduc Nord Stream 2 - est mise à mal par le verdissement de l'économie mondiale, a exposé le Haut représentant.

"Je voulais vérifier s'ils voyaient un intérêt à renverser la tendance négative de nos relations pour développer un dialogue plus constructif, mais la réponse a été très claire: non, ils ne sont pas intéressés".

"Je ne me faisais pas d'illusions avant ma visite, je suis encore plus inquiet après: le gouvernement russe emprunte un chemin particulièrement autoritaire, où la liberté d'expression et la société civile n'ont quasiment plus de place. Les autorités russes ont montré dans l'affaire Navalny qu'elles étaient sans pitié".

Selon M. Borrell, la structure du pouvoir en Russie est faite d'intérêts économiques et de contrôle politique, sans place pour l'État de droit démocratique, mais bien pour la répression en cas de tentatives de débats sur les droits de l'homme et les valeurs démocratiques.

Tout cela a confirmé à ses yeux que la Russie était déconnectée de l'Europe et "considérait notre système démocratique et libéral comme une menace existentielle". "Nos homologues russes n'ont pas l'intention de poursuivre le dialogue si nous continuons à nous attacher aux droits de l'homme et à la liberté d'expression".

Les rares points positifs qu'ils a cités dans sa visite moscovite ont porté sur le nucléaire iranien et le dialogue israélo-palestinien, mais ces sujets n'ont pas été discutés en détail.

Malgré toutes les difficultés, Josep Borrell a jugé primordial de maintenir un engagement officiel avec la Russie "lorsque c'est dans notre intérêt", trouver un "modus vivendi pour éviter une confrontation permanente" et surtout, rester en contact avec la société russe.

"La Russie a tenté de nous diviser, mais ils n'ont pas réussi, ni sur l'Ukraine ni sur les sujets de droits de l'homme, ça a clairement été un de leurs objectifs durant ma visite, mais il ne faudrait pas que nous tombions dans leur piège", a ajouté Josep Borrell avant les interventions des députés.