Le "wonder boy" de la politique maltaise est soupçonné d’ingérence dans l’enquête sur le meurtre de la journaliste Daphne Caruana.

Ambitieux et habile, le Premier ministre maltais Joseph Muscat est aujourd’hui poussé vers la sortie par l’enquête sur la mort de Daphne Caruana (lire LLB du 02/12). Journaliste d’investigation, Daphne Caruana Galizia a été tuée dans l’explosion de sa voiture piégée, en octobre 2017 ; elle enquêtait alors sur le volet maltais des "Panama Papers", qui avait mis en lumière l’existence au Panama de nombreux comptes offshore ouverts par des personnalités du monde entier.

Joseph Muscat a connu une ascension fulgurante à Malte, devenant Premier ministre à 39 ans en 2013. Blondinet naturellement souriant, M. Muscat, 45 ans, a démarré sa vie professionnelle comme journaliste, de 1992 à 1997, dans des médias du Parti travailliste. Né le 22 janvier 1974 à Pieta, ce fils unique issu d’une famille modeste et rurale qui dit "apprécier sa propre compagnie", après des études chez les Jésuites, obtient un diplôme à l’Université de Malte en politique publique et questions européennes. Puis un doctorat en management à l’Université de Bristol au Royaume-Uni.

Il est élu député européen en 2004 lors des premières élections européennes tenues dans l’archipel, qui vient alors de rejoindre l’Union. Mais il démissionne de son mandat après avoir été propulsé chef du Parti travailliste en 2008. Il devient Premier ministre en 2013 après la victoire de son parti aux législatives, alors qu’il n’a que 39 ans.

Considéré parfois comme "trop jeune et trop sûr de lui", ce proche de l’ancien Premier ministre Alfred Sant se positionne dans l’aile progressiste modérée de son parti. Très populaire, ce père de jumelles de 12 ans aux prénoms poétiques (Étoile Ella et Soleil Sophie) est réélu magistralement en juin 2017, surfant sur la réussite économique de l’archipel, qui a connu un taux de croissance trois fois plus élevé que la moyenne de l’Union européenne en 2018 (6,6 %). Une victoire électorale obtenue malgré des accusations de corruption, déjà. Et de premières interrogations nées après la publication des Panama Papers…