La police de Moscou a interpellé samedi soir des manifestants qui se rassemblaient aux abords de la prison de Matrosskaïa Tichina où est détenu l'opposant russe Alexeï Navalny, selon un journaliste de l'AFP. Certains des protestataires ont été frappés à coups de matraque et des centaines de personnes se rassemblaient en scandant "liberté !" non loin de ce centre de détention du nord de la capitale russe. De nombreux manifestants sont ensuite partis en courant face à la charge des policiers, déployés en nombre près de la prison, selon le journaliste de l'AFP.

Au moins 2.500 personnes ont été arrêtées par les forces de l'ordre au cours de manifestations en faveur de l'opposant à travers toute la Russie, selon l'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations dans ce pays. Au moins 795 ont été interpellées à Moscou, où près de 20.000 personnes se sont rassemblées dans le centre-ville dans l'après-midi, d'après des journalistes de l'AFP. Des heurts y ont opposé des manifestants à des policiers.

Dans la capitale russe, des violences opposaient dans l'après-midi des policiers qui frappaient à coups de matraque des manifestants leur jetant des boules de neige.

D'importants rassemblements et de violentes arrestations ont également eu lieu en Extrême-Orient, à Vladivostok et Khabarovsk. A Iakoutsk, en Sibérie, une centaine de personnes ont manifesté par -50 degrés Celsius.

L'équipe de M. Navalny, un pourfendeur de la corruption, victime d'un empoisonnement présumé l'été dernier, a diffusé tout au long de la journée des vidéos de manifestations à travers toute la Russie, où des foules plus ou moins importantes scandaient des slogans comme "Poutine voleur !", "Navalny, on est avec toi !" et "Liberté pour les prisonniers politiques !". Leonid Volkov, un membre de l'équipe de M. Navalny, a affirmé que "250-350.000 personnes" étaient "descendues dans la rue" dans toute la Russie .

"C'est sans précédent", s'est-il félicité, en direct sur la chaîne YouTube Navalny LIVE, annonçant en outre de nouvelles manifestations pour "le week-end prochain".

Ce mouvement de contestation a lieu à quelques mois des législatives prévues pour l'automne, sur fond de chute de popularité du parti au pouvoir Russie unie. Ces actions sont les manifestations les plus importantes depuis celle organisée par M. Navalny déjà pendant l'été 2019 à Moscou en marge d'élections locales.

Les principaux rassemblements ont eu lieu à Moscou et Saint-Pétersbourg, avec dans chaque cas quelque 20.000 participants, selon des journalistes de l'AFP.

Des manifestations ont également eu lieu dans une centaine d'autres villes, un mouvement d'une ampleur géographique rare dans l'histoire récente de la Russie. De précédents grands mouvements d'opposition --2012 et 2019 -- étaient largement concentrés à Moscou. En 2017-2018 des manifestations d'ampleur notamment contre une réforme des retraites ont également eu lieu.

Le fonds de lutte contre la corruption, l'organisation de M. Navalny, n'a pas donné d'évaluation du nombre des participants mais a évoqué "une foule d'une taille incroyable" sur Twitter.

La police a quant à elle estimé que 4.000 personnes étaient présentes.

En milieu d'après-midi, la place Pouchkine s'était peu à peu vidée, des milliers de manifestants marchant vers le Kremlin. Des heurts ont alors éclaté entre certains protestataires restés sur la place et les policers qui s'avançaient pour l'occuper.

Essuyant des jets de boules de neige, les membres des forces antiémeutes casqués ont chargé des groupes de manifestants.


Plus tôt, Ioulia Navalnaïa, la femme de l'opposant récemment propulsée sur le devant de la scène, avait remercié sur Instagram la foule: "Quel bonheur que vous soyez tous ici !". Peu après, elle a mis en ligne un selfie dans un fourgon cellulaire, annonçant ainsi son interpellation. Elle a été libérée quelques heures plus tard

Des foules plus ou moins importantes se sont aussi mobilisées dans des dizaines d'autres villes de Russie. A Saint-Pétersbourg, ils étaient des milliers de protestataires tout comme à Vladivostok, en Extrême-Orient.

A Iakoutsk, en Sibérie, au sud du Cercle polaire, une centaine ont manifesté par -50 degrés Celsius.

De violentes arrestations ont également eu lieu à Vladivostok, un grand port russe sur l'océan Pacifique, où les policiers antiémeutes ont pourchassé les manifestants et les ont frappés avec des matraques, selon une vidéo de l'AFP.

La police avait déjà interpellé cette semaine des alliés de premier plan d'Alexeï Navalny dont deux ont été condamnés à de courtes peines de prison.