M. Pachinian a accusé la Turquie de soutenir l'armée azerbaïdjanaise avec des avions de combat, des drones et d'autres matériels militaires, et d'avoir acheminé des conseillers militaires ainsi que "des mercenaires et des terroristes" vers le Nagorny Karabakh, ce territoire séparatiste où s'affrontent depuis dimanche Azerbaïdjanais et Arméniens.

"Nous avons des preuves", a assuré le Premier ministre arménien. "Ils utilisent des drones et des (avions de combat) F-16 turcs pour bombarder des zones civiles au Haut-Karabakh", a-t-il affirmé.

"La communauté internationale, en particulier le public américain, doit savoir que des F-16 fabriqués aux Etats-Unis sont actuellement utilisés pour tuer des Arméniens dans ce conflit", a dit M. Pachinian.

"Il y a des preuves", a-t-il poursuivi, "que des commandants militaires turcs sont directement impliqués dans la direction de l'offensive".

"Ankara a fourni à Bakou des véhicules militaires, des armes, ainsi que des conseillers militaires. Nous savons que la Turquie a formé et transporté des milliers de mercenaires et de terroristes depuis les zones occupées par les Turcs dans le nord de la Syrie", a déclaré M. Pachinian. "Ces mercenaires et ces terroristes combattent aujourd'hui contre les Arméniens", a-t-il dit.

- "Chemin génocidaire" -

Le président français Emmanuel Macron a lui aussi évoqué vendredi l'ingérence dans le conflit de centaines de jihadistes ayant quitté la Syrie pour gagner le territoire séparatiste en transitant par la Turquie.

M. Macron a exprimé son intention de réclamer "des explications" à ce sujet au président turc Recep Tayiip Erdogan. "Une ligne rouge a été franchie" et "c'est inacceptable", a-t-il déclaré à la presse vendredi soir lors du sommet de l'Union européenne à Bruxelles.

M. Pachinian considère dans son entretien au Figaro que la Turquie est "absolument" responsable de l'escalade militaire survenue au Nagorny Karabakh.

"Le souhait de la Turquie est de renforcer son rôle et son influence dans le Sud-Caucase, et de modifier ainsi le statu quo en vigueur depuis plus d'un siècle", estime-t-il. "Elle poursuit le rêve de construire un empire imitant le sultanat et s'engage sur un chemin qui pourrait embraser la région".

M. Pachinian a répété que pour l'Arménie l'idée d'un cessez-le-feu était actuellement prématurée. Le Nagorny Karabakh, territoire séparatiste majoritairement peuplé d'Arméniens et soutenu par l'Arménie, "ne peut pas désarmer car cela conduirait à un génocide", a-t-il estimé.

Pour M. Pachinian, "ce qui s'est passé en 1915, quand plus de 1,5 million d'Arméniens ont été massacrés durant le premier génocide du XXe siècle". Selon lui, "l'Etat turc, qui continue de nier le passé, s'aventure de nouveau sur un chemin génocidaire".