L'entrée fracassante de députés en 2017 au Bundestag, faisant de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) la première force d'opposition à Angela Merkel, semble bien lointaine.

Le parti d'extrême droite, créé en 2013, traverse en effet une grave crise d'identité et de leadership qui risquait encore d'apparaître au grand jour ce week-end lors de son congrès à Dresde (Saxe), bastion d'ex-RDA du mouvement islamophobe Pegida et, plus récemment, des opposants aux restrictions anti-Covid.

Mais la direction du parti et ses adversaires de l'aile radicale, proche des néo-nazis, ont choisi d'enterrer temporairement la hache de guerre.

"Orgies d'interdictions" 

Des motions réclamant l'élection dès ce week-end des chefs de file aux élections législatives du 26 septembre, qui marqueront la fin de l'ère Merkel, ont ainsi été retirées, ce que souhaitait le contesté leader du parti, Jörg Meuthen.

Il y a pourtant peu de surprises à attendre. Tino Chrupalla, ancien artisan de 45 ans devenu député de Saxe et co-président du parti, tient la corde pour incarner dans le futur binôme l'aile la plus dure de la formation au parlement.

L'autre extrémité du spectre pourrait elle être représentée par Joana Cotar, élue de 48 ans en Hesse (ouest), qui a fait ses armes au sein du parti chrétien-démocrate de Mme Merkel.

Ils devraient ainsi succéder à la tête du groupe parlementaire à Alexander Gauland, 80 ans, et Alice Weidel, soupçonnée de financement illégal et qui a confirmé samedi qu'elle n'était pas candidate à de nouvelles responsabilités.

De même, une motion présentée par une poignée des 600 délégués pour destituer M. Meuthen, décrit comme inapte à "relever le défi de sa fonction", a été rejetée.

Une autre motion limitant à deux le nombre de mandats de direction pourrait en revanche être votée durant le week-end et entraîner ainsi le départ de M. Meuthen en fin d'année.

Cette réunion du parti est officiellement consacrée à la présentation du programme électoral, peu ou prou identique à celui de 2017.

Les lignes de forces sont les mêmes, de la sortie de l'euro au rétablissement d'un service militaire obligatoire, en passant par une immigration réduite à l'accueil de "chrétiens persécutés et fermiers blancs d'Afrique du sud" ou un rapprochement avec la Russie.

Mais c'est surtout sur le front sanitaire que les cadres de l'AfD ont porté leurs coups.

Le parti, qui tente de surfer sur le mouvement anti-masques, particulièrement actif en Allemagne, veut en finir avec "ces orgies d'interdictions, ces emprisonnements, cette folie du verrouillage", a déclaré M. Meuthen.

A la veille d'un probable nouveau tour de vis, souhaité par Angela Merkel et les Länder, l'AfD a pour slogan, dévoilé samedi, l'"Allemagne. Mais normale", c'est à dire débarrassée de ses règles anti-Covid.

Foyers d'infection 

L'AfD peine cependant depuis le début de la pandémie à se faire entendre et à profiter de la lassitude de la population après plus d'une année de restrictions. Pire, ses bastions d'ex-RDA sont devenus fin 2020 les principaux foyers d'infection du pays.

Le parti stagne dans les sondages depuis des mois à environ 10% des intentions de vote, contre 12,6% il y a quatre ans. Sa position s'est certes renforcée dans les Länder d'ex-RDA mais le parti est en nette perte d'influence à l'ouest.

Le parti reste de surcroît menacé par un placement officiel sous surveillance par la police qui l'accuse d'avoir contribué à la résurgence en Allemagne du terrorisme d'extrême droite.

L'AfD s'est "énormément radicalisée" ces dernières années, ce qui "a divisé le parti en deux", relève auprès de l'AFP le politologue spécialiste de l'extrême droite Hajo Funke (Université libre de Berlin).

"Il n'est pas considéré actuellement comme un parti avec lequel former une coalition", ajoute M. Funke, pour qui l'AfD s'est "isolée" et a vu son étoile pâlir après les attentats xénophobes et antisémites commis depuis 2019 et une pandémie durant laquelle elle a proposé un "va-et-vient chaotique".