L'Italie, pays le plus durement touché d'Europe par le coronavirus, a décidé samedi de recruter 20.000 renforts pour ses hôpitaux, tout en étudiant la création de nouvelles zones de quarantaine pour enrayer l'épidémie.

Cette mesure, prise à l'issue d'un conseil des ministres marathon qui s'est achevé dans la nuit, devrait permettre de porter de 5.000 à 7.500 le nombre de lits en soins intensifs, soit une hausse de 50%, et de doubler le nombre de places dans les services de pneumologie et maladies infectieuses.

Les 20.000 embauches devraient se répartir ainsi: 5.000 médecins spécialisés, 10.000 infirmiers et 5.000 aides-soignants. Face à l'urgence de la situation, le décret du gouvernement prévoit la possibilité de recruter des médecins à la retraite.

Toutes ces mesures représentent un budget d'un milliard d'euros à prélever sur les 7,5 milliards débloqués "pour faire face aux exigences extraordinaires et urgentes dues à la diffusion du Covid-19 et garantir les niveaux essentiels d'assistance et assurer sur l'ensemble du territoire national une augmentation du nombre de lits en soins intensifs", selon le communiqué du gouvernement.

Les préfets se voient en outre attribuer la possibilité de réquisitionner des hôtels pour loger les personnes en quarantaine.

Enfin, le décret prévoit des aides et financements d'un montant de 50 millions d'euros pour les entreprises produisant des masques de protection et autres produits utiles pour enrayer l'épidémie.

Outre le secteur de la santé, le gouvernement a pris des dispositions pour adapter le domaine judiciaire: jusqu'au 31 mai, les tribunaux pourront limiter l'accès au public et au personnel, et notamment décider d'organiser à huis clos les procès aussi bien civils que pénaux. Le recours aux vidéoconférences sera également encouragé.

Avec 4.636 cas et 197 morts, l'Italie est à la deuxième place derrière la Chine pour le nombre de décès, et à la 4ème place pour le nombre de cas derrière la Chine, la Corée du Sud et l'Iran.

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Zones rouges 

Le taux de létalité du virus en Italie s'élève à 4,25%, contre 3,8% en Chine et 0,68% en Corée du Sud. "N'oublions pas que l'Italie a un âge moyen plus élevé par rapport à la Chine (44,3 ans contre 37,4 ans)", a rappelé vendredi soir le président de l'Institut supérieur de Santé Silvio Brusaferro, alors que le virus tue essentiellement des personnes âgées déjà atteintes de pathologies.

Les 21 régions italiennes sont toutes concernées, mais l'essentiel des cas sont concentrés dans le nord. C'est là qu'a été instaurée une "zone rouge" où se trouvent en quarantaine depuis près de deux semaines onze communes rassemblant 50.000 habitants.

Alors que le temps d'incubation du nouveau coronavirus est évalué à environ 14 jours, le gouvernement doit décider s'il prolonge ou pas la quarantaine dans cette zone.

L'Institut supérieur de la Santé, un organe gouvernemental, étudie en outre la création de nouvelles zones rouges, "en Lombardie en particulier", la région de Milan, la plus touchée du pays avec 2.612 cas et 135 morts.

La mission dépêchée en Italie par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a d'ailleurs recommandé vendredi "le maintien d'un fort accent sur les mesures d'endiguement à travers le pays".

Rome a déjà adopté toute une série mesures draconiennes pour enrayer l'épidémie, notamment la fermeture des écoles et universités jusqu'à mi-mars, en vue d'éviter une surchauffe dans les hôpitaux de la péninsule.

"Le virus se diffuse avec une grande facilité, c'est l'expérience que nous retenons de ces dernières heures", a mis en garde samedi le ministre de la Santé Roberto Speranza à Rome. "Nous travaillons jour et nuit pour augmenter le nombre de lits en soins intensifs, de même qu'en pneumologie et en maladies infectieuses", a-t-il ajouté.

Un homme politique de premier plan, Nicola Zingaretti, chef du Parti démocrate (centre gauche) membre de la coalition au pouvoir, a annoncé samedi sur Facebook qu'il était positif : "Je vais bien mais je vais devoir rester chez moi dans les prochains jours. Courage à tous et à bientôt!"