"Si la Russie respecte l'indépendance et la souveraineté d'une nation, elle doit respecter les souhaits et les choix démocratiques" des Bélarusses, a déclaré à la presse le chef de la diplomatie de l'UE Josep Borrell.

"J'ai entendu maintes fois la Russie dire que ce qui se passe au Bélarus est une affaire intérieure et qu'elle ne veut pas d'interférence extérieure. Je suppose que c'est aussi valable en ce qui la concerne", a souligné le haut représentant lors de la conférence de presse finale d'une réunion des ministres des Affaires étrangères à Berlin.

Jeudi, Vladimir Poutine, dont le pays joue un rôle clé pour résoudre cette crise, a appelé au dialogue mais s'est dit prêt à déployer des forces dans ce pays voisin si la situation dégénérait.

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko avait affirmé mi-août avoir reçu une promesse d'"aide" de Moscou pour préserver la sécurité de son pays.

Vendredi, il a accusé les Occidentaux de vouloir le renverser dans le but d'atteindre et d'affaiblir la Russie, estimant que son pays était "juste un tremplin vers la Russie, comme toujours", selon l'agence de presse d'Etat Belta.

Le président français Emmanuel Macron a de son côté souligné vendredi que "toute intervention extérieure en Biélorussie (...) conduirait à internationaliser cette question" et que "le pire est l'intervention russe".

"Mettre fin aux menaces"

Avec la chancelière allemande Angela Merkel, "nous ne voulons pas avoir la réitération de ce qui s'est passé en Ukraine", a-t-il insisté affichant la volonté "d'engager la Russie dans un dialogue" sur le Bélarus.

Les missions diplomatiques des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la Suisse et de l'UE à Minsk ont elles appelé les autorités bélarusses "à mettre fin aux violences et aux menaces d'utiliser une force militaire contre leurs propres citoyens, à libérer immédiatement et sans conditions toutes les personnes qui ont fait l'objet d'arrestations illégitimes", dans un communiqué publié par l'ambassade américaine.

"Il faut mettre fin à l'intimidation et aux poursuites pour des motifs politiques", ont souligné les représentations diplomatiques.

Interrogé à Berlin sur les sanctions préparées par les Européens contre Minsk, le représentant de l'UE Josep Borrell a indiqué que la liste noire concernait actuellement une vingtaine de personnes mais qu'elle "augmenterait dans les prochains jours" et comprendrait "de hauts responsables" du régime.

Ces responsables ont participé à la fraude électorale de la présidentielle du 9 août ou à la répression de l'opposition. Ils seront interdits de séjour en Europe et leurs avoirs seront gelés.

Le chef de la diplomatie européenne n'a pas répondu à une question sur la présence ou non du président Alexandre Loukachenko sur cette liste, une question qui divise les Européens.

"Je pense qu'il doit figurer sur la liste", avait déclaré plutôt le ministre lituanien des Affaires étranges Linas Linkevicius, dont le pays accueille la figure de proue de l'opposition bélarusse, Svetlana Tikhanovskaïa.

Situation "alarmante"

Son homologue luxembourgeois Jean Asselborn avait en revanche plaidé la prudence, estimant qu'y inclure Loukachenko pourrait entraver les efforts de l'Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui a proposé une médiation à Minsk.

Le président en exercice de l'OSCE, le Premier ministre albanais Edi Rama, a dénoncé à Vienne la situation "profondément alarmante" au Bélarus, exhortant le régime de Loukachenko à accepter cette médiation proposée le 17 août.

"Nous pouvons jouer un rôle et aider au dialogue. S'il vous plaît, donnez une chance à cette offre", a-t-il dit à l'intention de Loukachenko lors d'une réunion spéciale du Conseil permanent de l'OSCE sur la situation dans cette ex-république soviétique.

Alexandre Loukachenko est confronté depuis trois semaines à une vague de protestation d'une ampleur inédite. Des manifestations massives se sont déroulées pour dénoncer sa réélection jugée frauduleuse avec 80% des voix.