L'Union européenne a invité jeudi la Russie a enquêter sur les irrégularités dénoncées pendant le référendum constitutionnel organisé pour permettre au président Vladimir Poutine de rester dans ses fonctions jusqu'en 2036.

"Nous avons connaissance d'allégations d'irrégularités (...) Nous nous attendons donc à ce que ces rapports fassent l'objet d'une enquête en bonne et due forme car il s'agit d'allégations graves", a déclaré Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

Le Kremlin s'est félicité jeudi d'un "triomphe" après la validation dans les urnes de la révision de la Constitution, mais les résultats du scrutin ont été qualifiés de "mensonge" par l'opposition et une région s'est opposée à la réforme.

L'Union européenne déplore l'absence de campagne, "ce qui a privé les électeurs de l'accès à une information équilibrée et à un débat approprié pour apporter des changements aussi importants", a souligné le porte-parole européen.

Il a également dénoncé l'organisation de la consultation sur le territoire ukrainien, dans la péninsule de Crimée, illégalement annexée et dans les régions qui ne sont actuellement pas sous le contrôle du gouvernement légitime ukrainien.

"Nous ne reconnaissons pas le vote dans ces territoires", a-t-il averti.

L'UE appelle enfin la Russie a respecter ses obligations internationales, y compris celles d'exécuter les arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme, et demande la modification d'un amendement à la Constitution qui prévoit la primauté de la Constitution russe sur les traités internationaux.

L'UE ne veut pas se prononcer sur le mandat du président, car cette décision appartient à son pays. "Mais il doit y avoir des freins et des contrepoids dans le système", a soutenu le porte-parole européen.

"Les élections doivent être libres, justes et démocratiques, sans aucune restriction pour l'opposition, pour permettre une compétition politique loyale", a-t-il rappelé.

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Washington "préoccupé"

Les Etats-Unis se sont dits préoccupés jeudi par les conditions du déroulement du référendum constitutionnel en Russie, organisé pour permettre au président Vladimir Poutine de rester en fonction jusqu'en 2036. "Nous sommes préoccupés par les informations sur les efforts du gouvernement russe en vue de manipuler le résultat des récents votes sur les amendements constitutionnels, y compris les informations sur une coercition d'électeurs, des pressions sur les opposants aux amendements et des restrictions imposées aux observateurs indépendants du vote", a dit la porte-parole du département d'Etat, Morgan Ortagus.

Les Etats-Unis sont "particulièrement inquiets" de l'amendement "qui permettrait potentiellement au président Poutine de rester au pouvoir jusqu'en 2036", a-t-elle ajouté.

L'un des amendements les plus controversés donne en effet à Vladimir Poutine l'option de deux mandats supplémentaires à l'issue de l'actuel en 2024. Il aura ainsi la possibilité de rester au Kremlin jusqu'en 2036, l'année de ses 84 ans.

"Dans le monde entier, par principe, les Etats-Unis s'opposent aux amendements constitutionnels qui favorisent les présidents en place ou prolongent leur mandat, surtout dans des contextes dans lesquels manquent les conditions nécessaires pour un processus démocratique libre et juste", a encore dit Mme Ortagus.

Le vote s'est conclu officiellement sur une victoire du "oui" à 77,92%.

L'opposant Alexeï Navalny a qualifié ce scrutin d'"énorme mensonge", appelant ses partisans à se mobiliser pour les prochaines élections régionales en septembre.