Les Vingt-Sept ont ouvert la voie lundi à un accord de protection réciproque des investissements entre l'Union européenne et la Chine, après des "progrès" dans les négociations sur des engagements de Pékin à combattre le travail forcé, selon plusieurs sources diplomatiques.

Informés par la Commission européenne des "récents développements positifs des négociations avec la Chine, y compris sur les conditions de travail", les représentants des Etats membres de l'UE ont "largement salué ces progrès" lors d'une réunion à Bruxelles, selon une source diplomatique.

L'Allemagne, qui assure la présidence tournante de l'UE jusqu'à fin décembre, "a constaté à la fin de la réunion qu'aucun représentant n'avait brandi de carton rouge pour stopper (le processus) et qu'en conséquence, la voie a été dégagée pour un feu vert politique", a-t-elle précisé.

"Il faut rester prudent, mais sous réserve de l'approbation par la Chine, une annonce officielle par Bruxelles et Pékin pourrait intervenir d'ici la fin de semaine", confirme un autre diplomate.

Lancés en novembre 2013, ces pourparlers visent à protéger mutuellement les investissements européens en Chine et les investissements du géant asiatique dans l'UE. Les Européens, qui estiment avoir largement ouvert leur marché à Pékin, souhaitent voir leurs entreprises traitées de la même manière en Chine.

Le traité est ainsi censé garantir le respect de la propriété intellectuelle des entreprises européennes, interdire les transferts de technologie forcés et imposer des règles de transparence aux subventions versées aux entreprises publiques chinoises.

Mais la perspective d'un rapprochement Chine-UE a été critiquée ces derniers jours, notamment par la France et par la future administration américaine du président élu Joe Biden.

Paris avait rappelé le 23 décembre qu'il ne pourrait soutenir un tel accord que si le régime communiste s'engageait à ratifier des conventions de l'OIT (Organisation internationale du Travail) interdisant notamment le travail forcé.

Des experts et organisations de défense des droits de l'homme accusent la Chine d'avoir interné au Xinjiang (Est) au moins un million de membres de la minorité musulmane ouïghoure dans des "camps de rééducation", les soumettant pour beaucoup au travail forcé. Selon une récente étude américaine, au moins 570.000 Ouïghours ont été enrôlés dans un programme coercitif de ramassage du coton.

Or la Commission, en charge des négociations, a informé lundi les Etats membres avoir "consolidé les conditions d'accès au marché chinois", mais également avoir "obtenu de la part de la Chine le langage demandé par les Européens sur le respect par Pékin des deux conventions de l'OIT sur le travail forcé", selon une source diplomatique.

Il s'agit d'un "langage que l'UE exige de tous les pays tiers avec lesquels elle conclut des accords commerciaux", relève-t-elle.

On ignorait dans l'immédiat si l'engagement de la Chine portait sur la ratification effective à court terme des conventions ou la promesse d'accélérer ses efforts pour y parvenir.