Le président du Conseil, le Belge Charles Michel, et la présidente la Commission, l'Allemande Ursula von der Leyen se rendent à Ankara munis d'une "feuille de route: les décisions adoptées par les dirigeants de l'UE lors de leurs sommet le 26 mars", explique le représentant d'un Etat membre à Bruxelles. "Ils ont une légitimité politique", souligne-t-il.

Les entretiens d'Ankara seront "un moment très politique", mais "il n'est pas question de négociation", précise-t-on à Bruxelles.

La rencontre sera très suivie. "Charles Michel et Ursula von der Leyen vont être observés sur les questions des droits de l'homme et de l'Etat de droit. Ils doivent dire les choses, comme l'a fait Josep Borrell à Moscou. Pas question de se montrer complaisants. Ce sera difficile", analyse le diplomate européen.

"Divergences sérieuses"

Les dirigeants de l'UE ont décidé de répondre à la volonté d'apaisement affichée par le président Erdogan par une reprise "progressive, conditionnelle et réversible" de la coopération entre l'UE et la Turquie.

"Nous avons un cadre pour améliorer nos relations, mais il est indispensable que la Turquie modère son comportement. Nous restons donc prudents", avait expliqué Charles Michel à l'issue du sommet.

Les conclusions des dirigeants européens ont été peu appréciées à Ankara. Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé "l'influence des allégations étroites d'esprit de quelques pays membres".

Il y a des "divergences sérieuses" entre l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne d'un côté, la Grèce, Chypre, les pays d'Europe du Nord et la France de l'autre. Mais l'approche décidée lors du sommet a été approuvée à l'unanimité et applaudie, ont rappelé plusieurs participants.

L'UE est prête à engager la modernisation de l'Union douanière, à reprendre le dialogue à haut niveau suspendu en 2019 sur certains sujets comme la sécurité, l'environnement, la santé, et à accorder certaines facilités de visas pour les ressortissants turcs.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell évoque "un nouveau chapitre" dans la relation entre l'UE et la Turquie.

Les Européens veulent également aborder la question des réfugiés. Ils sont près de 4 millions en Turquie. "L'enjeu a évolué. Les réfugiés syriens vont rester longtemps et une aide humanitaire ne suffit plus. On entre dans une logique d'intégration. Il ne s'agit plus d'aide budgétaire, mais de coopération et de développement", a expliqué un responsable européen.

L'UE veut aborder la question du soutien aux réfugiés syriens de manière globale, et Ursula von der Leyen se rendra en Jordanie en quittant Ankara, a annoncé sa porte-parole. Plus de 600.000 ressortissants syriens se sont réfugiés dans ce pays.

Annonces en juin

La clef de la reprise des relations avec Ankara est la confiance. Une dynamique s'enclenche, mais elle reste fragile. Après une année 2020 très difficile, marquée par les tensions liées à plusieurs missions d'exploration gazière turques dans des eaux grecques et chypriotes en Méditerranée orientale et à l'implication d'Ankara dans les conflits en Syrie, en Irak, en Libye et au Nagorny-Karabakh, l'UE attend du président turc un engagement durable et crédible de la désescalade.

"Se montrer prudents et vigilants n'empêche pas d'engager les premières étapes de l'agenda positif offert par l'UE", assure le diplomate européen.

La Turquie a promis de répondre aux gestes de l'UE par des "pas positifs". L'UE attend de voir la concrétisation des pourparlers entre la Grèce et la Turquie et le comportement politique d'Ankara fin avril lors de la réunion organisée par les Nations Unies sur Chypre, île divisée depuis 1974, à laquelle les Européens veulent être associés. Ils demandent également le désengagement militaire d'Ankara de Libye.

"Si cela se concrétise en juin, le sommet européen pourra faire des annonces", explique le diplomate.