Kiev et les séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine ont libéré plus de 200 prisonniers, la première opération du type depuis 2017, marquant une désescalade dans le seul conflit actif d'Europe.

L'échange, voulu avant le Nouvel an par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, a néanmoins suscité une controverse en Ukraine, Kiev ayant accepté la libération de personnes sans lien direct avec la guerre dans l'Est ukrainien.

"Les libérations réciproques sont terminées", a indiqué vers 16H00 locales (14H00 GMT) la présidence ukrainienne précisant voir revenir au pays 76 personnes, douze militaires et 64 civils, dont deux pigistes du service ukrainien de la radio américaine RFE/RL, Stanislav Aseïev et Oleg Galaziouk, détenus depuis deux ans.

Quatre autres prisonniers libérés à la demande de Kiev ont choisi de rester en zone séparatiste pour rester "avec leurs familles".

Les républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk ont dit pour leur part aux agences russes s'être vus respectivement remettre 61 et 63 personnes, parmi lesquels des Russes et un Brésilien ayant combattu dans les rangs rebelles.

Quatorze autres personnes ont été libérées à la demande des rebelles mais elles ont décidé de rester en territoire sous contrôle de Kiev, selon les autorités ukrainiennes.

Descendant du bus, les derniers prisonniers relâchés par les combattants prorusses ont scandé "Gloire à l'Ukraine", tandis que des officiels et militaires les accueillant leur répondaient "A votre retour!", selon les journalistes de l'AFP.

L'opération s'est déroulée sous un ciel gris aux abords du point de contrôle de Maïorské, près de la ligne de front.

Elle aura duré environ cinq heures du fait des vérifications d'identité. Des soldats ukrainiens et de combattants séparatistes armés étaient déployés aux alentours. Des ambulances, la Croix-Rouge ainsi que des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe étaient présents également.

En début d'après-midi, les premiers prisonniers, étaient descendus les traits tirés de leurs bus respectifs sous les yeux de la presse. La plupart portait de gros sacs contenant leurs effets.

"Je suis ravie, c'est le jour qu'on attendait depuis longtemps!", a déclaré Viktoria, une Ukrainienne de 24 ans aux cheveux longs, précisant avoir passé trois ans en prison après sa condamnation par les séparatistes pour "haute trahison".

"J'ai appelé ma mère, elle est en pleurs", a ajouté un compagnon de détention, Oleksandre Danyltchenko, affirmant avoir été "battu" et "torturé" en détention.

Le président russe Vladimir Poutine et le chancelière allemande Angela Merkel ont salué un événement "positif", selon le Kremlin.

Berlin a indiqué de son côté que Mme Merkel et le président français Emmanuel Macron, parrains du processus de paix en Ukraine, s'étaient félicités de ce "geste humanitaire" qui doit "contribuer à rétablir la confiance" entre les parties.

Indignation en Ukraine 

En Ukraine, le choix des prisonniers livrés par Kiev aux séparatistes - dont des personnes condamnées ou inculpées de crimes de sang - a provoqué une vague d'indignation.

Parmi les personnages les plus controversés, trois hommes ayant commis un attentat meurtrier à Kharkiv en février 2015 et ex-policiers détenus pour leur implication présumée dans la répression sanglante des manifestations pro-européennes du Maïdan, en 2014.

Ce soulèvement, qui a fait une centaine de morts, a eu lieu avant même le début de la guerre dans l'est de l'Ukraine.

Furieux, Volodymyr Golodniouk, père d'une des victimes, a dénoncé sur Facebook une "humiliation"

"Cette décision nous éloigne de l'essentiel, de la justice", a martelé le cinéaste Oleg Sentsov, prisonnier libéré par Moscou récemment.

Détente avec Moscou 

Le principe de l'échange avant la fin de l'année avait été acté et réclamé par M. Zelensky le 9 décembre à Paris, où se tenait le premier sommet de paix sur l'Ukraine depuis 2016.

Depuis l'élection de M. Zelensky en avril, une certaine détente se fait sentir avec le Kremlin. En septembre, Kiev et Moscou ont ainsi échangé 70 détenus.

Les troupes des deux camps ont également reculé dans trois petits secteurs du front et d'autres retraits doivent avoir lieu d'ici fin mars. La Russie a aussi rendu à Kiev des navires de guerre qu'elle avait saisis.

Cette guerre a fait plus de 13.000 morts depuis qu'elle a éclaté en avril 2014, quelques semaines après l'annexion de la péninsule de Crimée par la Russie qui avait elle-même suivi le soulèvement du Maïdan.

L'Occident et l'Ukraine accusent Moscou de soutenir militairement les séparatistes, ce que la Russie nie farouchement.