"Nous avons décidé des sanctions individuelles" contre ceux qui sont impliqués dans les activités de recherche et les forages dans les eaux de Chypre et "elles seront mises en œuvre dans les prochaines semaines", a annoncé Emmanuel Macron à la fin de la réunion vendredi.

Les autorités turques n’ont pas tardé de leur côté à signifier leur mécontentement et ont rejeté une décision jugée "biaisée et illégitime".

"Le débat a été difficile, mais la situation exigeait de prendre des mesures", a expliqué le président du Conseil européen Charles Michel.

La décision d’ouvrir la voie à des sanctions avait été prise par les dirigeants européens en octobre. Ils avaient fait des offres d’ouverture à l’égard d’Ankara, notamment sur l’union douanière, mais les avaient assorties de menaces de représailles si la Turquie poursuivait ses actions déjà condamnées par l’UE.

Serrer la vis

Une liste de noms va être établie dans les prochaines semaines et sera soumise à l’approbation des États membres. Ils seront inscrits sur la liste noire établie en novembre 2019 pour sanctionner les activités de forage de la Turquie dans les eaux de Chypre. Elle compte déjà deux responsables de la Turkish Petroleum Corporation (TPAO), interdits de visas et dont les avoirs dans l’UE ont été gelés.

Les dirigeants européens ont par ailleurs donné mandat au chef de la diplomatie européenne Josep Borrell de leur "faire un rapport au plus tard en mars 2021 sur l’évolution de la situation" et de proposer alors, si nécessaire, d’étendre les sanctions à de nouveaux noms ou de nouvelles entreprises.

"L’idée est de serrer la vis progressivement", a expliqué un diplomate européen.

"Nous avions donné une chance à la Turquie" en octobre, mais "nous avons unanimement constaté que la Turquie avait poursuivi ses actions provocatrices", a souligné Emmanuel Macron.

Les contentieux se sont multipliés avec la Turquie, engagée dans des campagnes d’exploration gazière en Méditerranée orientale dans des zones maritimes disputées avec la Grèce et Chypre. Elle est aussi impliquée militairement dans les conflits en Libye, en Syrie et au Nagorny Karabakh.

Mais la Turquie est membre de l’Otan et Ankara compte beaucoup de soutiens au sein de l’organisation, reconnaissent les diplomates de l’Organisation.

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg a insisté sur "le rôle clef" joué par la Turquie au sein de l’Alliance, quelques heures avant le début du sommet européen, lors d’un entretien avec le Premier ministre portugais Antonio Costa.

Toutes les sensibilités se sont exprimées au cours du sommet et l’absence de consensus a écarté l’adoption de sanctions économiques contre des secteurs d’activité, ainsi que la demande de la Grèce d’imposer un embargo européen sur les armes à la Turquie.

Les Européens veulent ménager l’Otan. Ils ont décidé une approche graduelle jusqu’à la prise de fonction du président Joe Biden et veulent une "coordination avec les États-Unis sur les sujets impliquant la Turquie".

Le président turc Recep Tayyip Erdogan était protégé par Donald Trump, mais son double jeu avec l’achat à la Russie d’un système de défense antimissile a fâché Washington, décidé à sanctionner cette décision. Le secrétaire d’État américain sortant Mike Pompeo a dénoncé la "politique du fait accompli" menée par la Turquie dans plusieurs crises régionales et a invité Recep Tayyip Erdogan à "revenir à un comportement d’allié"