La Commission européenne présentera ce mercredi soir aux ministres de l'Intérieur des États membres de l'UE, réunis en Conseil extraordinaire à Bruxelles sur la problématique de ses frontières extérieures, un "plan d'action" pour soutenir la Grèce face au soudain afflux de migrants à ses frontières.

Ce plan de la Commission reprend plusieurs points annoncés mardi à l'occasion du déplacement en Grèce des présidents des principales instances de l'UE, comme le renforcement de la présence de Frontex (via deux opérations d'intervention rapide) en mer et sur terre à la frontière gréco-turque.

"Le plus important maintenant est que l'on fasse en sorte que cette crise politique ne se transforme pas en crise humanitaire à long terme", a déclaré face à la presse la commissaire Ylva Johansson, chargée du développement d'un nouveau pacte européen de migration et d'asile.

"Les frontières extérieures de l'UE ne sont pas ouvertes et ne devraient pas l'être", a estimé la commissaire suédoise, qui a insisté sans relâche sur la nécessité d'une solidarité sans faille pour aider la Grèce face à la "pression extraordinaire" qu'elle vit actuellement. Parallèlement, il ne faut pas perdre de vue la situation des personnes qui se retrouvent coincées à ses frontières, ou entassées dans les centres d'accueil des îles grecques de la mer Égée, où l'on a fait état ces derniers jours de réactions violentes de certains habitants. Partout, les tensions semblent réelles, des images choquantes circulant parfois comme celles de supposés garde-côtes repoussant des bateaux de migrants.

Pressés par les questions des journalistes à ce sujet, les commissaires Margaritis Schinas et Ylva Johansson ont répondu avec prudence, tout en rappelant qu'il fallait bien sûr agir "dans le plein respect des droits fondamentaux". Mardi, les porte-paroles de la Commission avaient déjà refusé de se prononcer sur les récits de violences présumées à la frontière gréco-turque, répétant que les vidéos qui circulaient sur les réseaux sociaux n'étaient pas toujours vérifiables dans leur authenticité.

Avant de rencontrer les ministres de l'Intérieur des États membres, les commissaires Schinas et Johansson ont lié la crise actuelle aux efforts nécessaires pour dégager un nouveau Pacte européen sur la migration et l'asile, un travail confié à Mme Johansson. Elle a ces derniers mois visité toutes les capitales pour dégager des pistes de compromis sur ce sujet très délicat. "Nous devons trouver un mécanisme pour mettre en place une solidarité obligatoire, pour l'aide à apporter à un État membre sous pression comme la Grèce l'est maintenant", a-t-elle estimé. "L'Europe ne peut pas échouer deux fois sur un objectif aussi emblématique" que l'asile, a renchéri Margaritis Schinas, qui en a profité pour appeler à prévoir dans le prochain budget à long terme de l'UE un "financement adéquat" pour cette politique.

L'annonce par le gouvernement grec le week-end dernier d'un "stop" d'un mois aux demandes d'asile fait froncer pas mal de sourcils. D'aucuns se demandent si l'on peut encore parler de respect des droits humains fondamentaux et des règles internationales si les migrants n'ont même plus la possibilité d'introduire une demande de protection internationale. La Commission, là aussi, est restée jusqu'ici très évasive sur la question, répétant plusieurs fois qu'elle "examine la situation", ce qu'a réaffirme Ylva Johansson mercredi. "Je crois que la Grèce a voulu porter un message politique, d'appel à l'aide européenne, pas un message de défiance", a commenté à ce sujet le ministre français de l'Intérieur Chrisptophe Castaner à son arrivée à Bruxelles. "Nous n'avons pas toujours été à la hauteur, quant à la solidarité au sein de l'UE avec les pays de première entrée".

Le plan de la Commission pour soutenir la Grèce prévoit en tout cas, au-delà de l'aide financière annoncée mardi et de l'assistance d'intervention rapide aux frontières de l'agence Frontex, un nouveau "programme de retour" coordonné par cette même agence. Il visera un "retour rapide depuis la Grèce, vers le pays d'origine, de ceux qui n'ont pas le droit de rester", avait expliqué Margaritis Schinas dans l'après-midi. La Commission a aussi demandé au Bureau européen d'appui en matière d'asile (EASO) d'accélérer le déploiement sur place de 160 agents supplémentaires qui doivent soutenir la Grèce dans la gestion et le traitement des demandes d'asile.