Malgré son refus de l’extrader vers les États-Unis, la justice britannique a décidé de maintenir en détention le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, en attendant l’examen de l’appel formé par les États-Unis, qui veulent le juger pour la diffusion massive de documents confidentiels.

Quarante-huit heures après la victoire remportée lundi par l’Australien de 49 ans, "c’est une immense déception", a réagi sa compagne, Stella Morris. L’avocate, qui a eu deux enfants avec Assange, a appelé de nouveau le ministère américain de la Justice à "abandonner les poursuites" contre lui et le président des États-Unis de le "gracier".

Mercredi, la magistrate Vanessa Baraitser - qui avait rendu l’arrêt de lundi - a estimé qu’il existe "des motifs sérieux de croire que si M. Assange était libéré aujourd’hui, il ne se rendrait pas au tribunal pour faire face à la procédure de recours". En s’enfermant en 2012 dans l’ambassade d’Équateur, alors qu’il était en liberté surveillée, Assange s’était soustrait à la justice britannique, ce qui lui a valu d’être condamné en mai 2019 à 50 semaines de prison. Il passa sept ans finalement cloîtré dans l’ambassade équatorienne avant d’être livré par ses hôtes à la police.

À l’audience, la représentante des États-Unis, Clair Dobbin, a souligné que Julian Assange, qui "se considère comme étant au-dessus des lois", a les "ressources" pour fuir, mettant en avant l’offre d’asile politique faite par le Mexique. L’avocat de Julian Assange, Edward Fitzgerald, a proposé son placement sous surveillance par bracelet électronique, en vain.

Les Etats-Unis en appel contre le refus d'extrader Julian Assange

Les avocats représentant les Etats-Unis ont fait appel de la décision de la justice britannique de ne pas extrader Julian Assange. L'appel a été communiqué mercredi au cours d'une audience au tribunal de Westminster. L'affaire doit maintenant être examinée par la Haute Cour britannique.

Réclamé par la justice américaine qui veut le juger pour la diffusion de centaines de milliers de documents confidentiels, Julian Assange est poursuivi notamment pour espionnage. Invoquant le risque de suicide du fondateur de Wikileaks dans le système carcéral américain, la juge britannique Vanessa Baraitser avait refusé lundi son extradition vers les Etats-Unis.

Une décision arbitraire pour Amnesty International

L'organisation de défense des droits humains Amnesty International a estimé mercredi que le maintien en détention du fondateur de Wikileaks était "arbitraire". "La décision prise aujourd'hui de rejeter la demande de libération sous caution de Julian Assange aggrave le fait qu'il subit depuis plus d'un an des conditions éprouvantes dans la prison de haute sécurité de Belmarsh", a déclaré Nils Muižnieks, directeur du programme Europe d'Amnesty International.

Pour Amnesty, Julian Assange n'aurait pas dû être emprisonné dans l'attente de son extradition. "Les accusations portées à son encontre sont politiquement motivées et le gouvernement britannique n'aurait jamais dû assister les États-Unis dans leur poursuite incessante d'Assange", a fustigé M. Muižnieks. "Le gouvernement américain se comporte comme si ses compétences s'étendaient à travers le monde pour poursuivre toute personne qui reçoit et publie des informations sur ses actes répréhensibles. La décision d'aujourd'hui envoie un message selon lequel la justice britannique ne lui fera pas obstacle."