"La chambre d'appel confirme la sentence de prison à vie à l'encontre de M. Mladic", a déclaré dans un communiqué le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), basé à La Haye, rejetant l'appel de l'ex-général, reconnu coupable notamment de génocide pour son rôle dans le massacre de Srebrenica, le pire en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.

Le verdict, prononcé par cinq juges du MTPI, qui a pris le relais du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) après la fermeture de celui-ci en 2017, est final et ne peut plus faire l'objet d'un appel.

Les mères de certains des 8.000 hommes et garçons musulmans tués par les forces serbes de Bosnie à Srebrenica en 1995 avaient fait le déplacement à La Haye.

"C'est un jour historique, non seulement pour nous les mères, mais aussi pour l'ensemble des Balkans, de l'Europe et du monde", a déclaré à l'AFP Munira Subasic, présidente de l'une des associations des "mères de Srebrenica".

Ratko Mladic, surnommé le "Boucher des Balkans", âgé de près de 80 ans, "est un monstre qui ne s'est pas repenti de ce qu'il a fait, même après 26 ans", a-t-elle poursuivi devant le MTPI, en amont du verdict.

"Partout où leur armée est venue, partout où ils ont mis les pieds, ils ont commis un génocide", a-t-elle ajouté.

 "Je suis venue pour pleurer" 

Au Centre mémorial du génocide, près de Srebrenica, un écran géant diffusait mardi les témoignages de survivants et de familles, tout près des stèles blanches parfaitement alignées où reposent les corps de plus de 6.600 victimes identifiées.

"Au lieu de me réjouir avec mes petits-enfants, je suis venue pleurer ici", a déclaré Munevera Kabeljic, 69 ans, près des tombes de son mari et de ses fils, tués à l'âge de 17 et 20 ans.

"Ce qui fait le plus mal, c'est qu'ils nient le génocide", a-t-elle ajouté.

"Ils disent que cela ne s'est pas produit, mais ces pierres tombales le prouvent", a-t-elle poursuivi.

Arrêté en 2011 après 16 ans de cavale, le massif soldat Ratko Mladic, en détention à La Haye, est aujourd'hui un vieil homme qui souffre de problèmes de santé, selon ses avocats.

Plus d'un quart de siècle après le conflit, l'ex-général conserve parmi les siens une aura de héros, mais son nom restera associé aux crimes de la guerre de Bosnie, du siège de Sarajevo au massacre de Srebrenica.

Des images de l'époque le montrent en train de distribuer à Srebrenica des bonbons à des enfants, mis ensuite dans des bus avec les femmes, tandis que les hommes et adolescents de la ville étaient conduits dans une forêt et exécutés.

"Cible de l'Otan" 

Mladic a également été reconnu coupable d'avoir orchestré une campagne plus large de "nettoyage ethnique" pour chasser les musulmans et les Bosniaques des zones clés pour créer une Grande Serbie en ex-Yougoslavie, déchirée après la chute du communisme.

Mladic, encore considéré comme défenseur du peuple serbe par de nombreux Serbes de Bosnie, a affirmé qu'il avait été entraîné dans le conflit malgré lui dès le début de la guerre en Bosnie (1992-1995), qui a fait quelque 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés.

Selon ses avocats, il n'y a pas de lien entre l'ancien général et les tueries qui ont été commises à Srebrenica et les charges de génocide qui lui ont valu une peine de détention à vie sont dénuées de fondement.

En août 2020, lors du procès en appel, Ratko Mladic a déclaré que le tribunal était un "rejeton des puissances occidentales" et affirmé être toujours "une cible de l'alliance de l'Otan".

L'âge exact de l'ex-général fait débat, lui affirmant être né le 12 mars 1943 alors que le MTPI retient le 12 mars 1942.

Ratko Mladic est l'un des principaux dirigeants jugés par la justice internationale pour les crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie, outre l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, condamné à la prison à vie en 2019, et l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, mort dans sa cellule à La Haye d'une crise cardiaque en 2006, avant l'achèvement de son procès.