La Première ministre Sophie Wilmès a salué mardi au petit matin plusieurs points positifs pour la Belgique dans l'accord dégagé entre les 27 chefs d'État et de gouvernement à Bruxelles, sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027 de l'Union ainsi que l'instrument de relance à 750 milliards d'euros qui s'y adosse.

"La longueur de ce sommet est aussi exceptionnelle que l'accord qui vient d'être trouvé", a indiqué Mme Wilmès, après un sommet marathon qui s'est étendu de vendredi matin jusqu'au bout de la nuit de lundi à mardi.

Plusieurs points portés par la Belgique ont été entendus, ce qui réjouit la Première ministre. Le paquet final maintient ainsi le fonds d'ajustement "Brexit" de 5 milliards d'euros intégré pour la première fois par le président du Conseil européen Charles Michel dans sa proposition de pré-sommet.

Un autre cheval de bataille de la Belgique a connu un revirement surprise: alors qu'il était question de faire baisser la part que les pays peuvent retenir des droits de douane sous la forme de frais de perception, cette part est finalement augmentée (à 25%) dans l'accord final. C'est un élément qui a des conséquences financières importantes pour la Belgique, pays d'importations via ses ports. La mesure a dû être intégrée pour apaiser les Pays-Bas, leader des pays "frugaux" réticents à délier les cordons de la bourse pour des subventions de relance aux pays du sud. Mais elle contribuera aussi à réduire quelque peu l'effort financier supplémentaire demandé à la Belgique comme à toutes les autres capitales à la suite du départ du Royaume-Uni (Brexit), qui était un gros contributeur net au budget européen.

Selon le cabinet Wilmès, "l'impact général budgétaire supplémentaire" du prochain budget pluriannuel pour le Plat pays "est estimé à 1,16 milliard par an, avec une contribution RNB qui augmentera de un milliard. Les premiers chiffres qui avaient circulé tournaient autour des 1,7 milliard d'euros. En contrepartie, les retours sont estimés pour les programmes principaux à 18,3 milliards".

Globalement, "la discussion fut âpre" durant ce sommet, reconnaît la Première ministre. Mais l'accord dégagé, avec le maintien des montants globaux prévus par Charles Michel, est "probablement à la hauteur des enjeux auxquels nous devrons encore faire face" au niveau de l'Union, estime-t-elle.

"C'est un changement historique"

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont salué mardi une journée "historique" pour l'UE après l'accord conclu à 27 sur un plan de relance post-coronavirus, lors d'une conférence de presse commune à Bruxelles.

"C'est un changement historique de notre Europe et de notre zone euro", a estimé le Français. "Une étape majeure a été franchie." "En deux mois, nous avons réussi à bâtir un consensus pour que ce plan de relance inédit devienne une décision et donc une réalité", s'est-il félicité. Mais, en France, tout le monde n'est pas du même avis. La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a qualifié le plan de relance de l'Union européenne de "pire accord pour la France de toute l'histoire de l'UE", le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon déplorant lui que le président Emmanuel Macron ait selon lui "tout cédé". Le président de Debout La France Nicolas Dupont-Aignan a lui estimé qu'Emmanuel Macron roulait "les Français dans la farine!". "Il se félicite d'un #PlanDeRelance européen qui coûtera à notre pays le double de ce qu'il rapportera et qui offre un rabais budgétaire d'1,9 milliard EUR aux Pays-Bas, de 3,7 milliards EUR à l'Allemagne... Du délire!", a-t-il twitté. En revanche, l'ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a estimé que "dans ce monde troublé, incertain et dangereux apparaît une bonne nouvelle, un espoir, rare mais nécessaire, la France et l'Allemagne retrouvent ensemble la force du réveil européen."

Angela Merkel s'est elle dite "très soulagée" qu'après des négociations difficiles, l'Europe ait montré qu'elle "peut encore agir ensemble". Il s'agit d'"un signal important qui va au-delà de l'Europe", "une réponse à la plus grande crise de l'UE depuis sa création", a-t-elle affirmé.

Le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, a salué lors d'une conférence de presse distincte "un grand accord pour l'Europe", allant jusqu'à le qualifier de "vrai plan Marshall".

A l'issue du sommet, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, chef de file des frugaux, a affirmé que cet emprunt commun n'était pas le début d'une "Union des transferts", avec un transfert permanent de richesses du nord au sud - ce dont il avait mis en garde avant les pourparlers. "Il s'agit d'une opération ponctuelle, dont la nécessité est évidente compte tenu de la situation", a-t-il déclaré aux journalistes.

Après quatre jours et quatre nuits de sommet, les Européens sont parvenus à se mettre d'accord sur un plan de relance de 750 milliards d'euros, financé pour la première fois par un endettement commun, et destiné à relancer une économie européenne mise à terre par l'épidémie de coronavirus.