"Les progrès en matière de droits des femmes sont durement gagnés mais facilement perdus", conclut le rapport 2021 sur l'égalité hommes-femmes dans l'UE. "De nombreux acteurs craignent que cela prenne des années, voire des décennies, pour surmonter les reculs causés par la pandémie vers l'égalité de genres", peut-on encore lire dans les conclusions du document.

A quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes (8 mars), l'exécutif européen se souvient de sa "stratégie en faveur de l'égalité" qu'il avait présentée il y a exactement un an. L'UE en a fait une de ses priorités mais, la pandémie étant passée par là, ce sont plutôt des pas en arrière qui ont été enregistrés les mois écoulés.

L'un des objectifs était ainsi d'éliminer les violences, de tous types, basées sur le genre. Or, rappelle le rapport, on a entre-temps démontré que les mesures de confinement accompagnant la pandémie ont joué un rôle dans une augmentation marquée des signalements de violences domestiques dès le premier confinement du printemps. Durant la première semaine de confinement, la France a ainsi rapporté une hausse de 32% des signalements. D'autres pays ont observé la même chose.

Sur le plan de la participation au marché de l'emploi, la première vague a eu un impact plus marqué sur les femmes que sur les hommes. Les femmes sont en effet surreprésentées dans des secteurs très fragilisés par la crise (commerce de détail, hôtellerie, soins et services aux personnes, ...), tandis que les services digitaux qui ont profité de la pandémie (finances, ...) emploient principalement des hommes. Des données d'Eurostat rapportent une augmentation du taux de chômage des femmes, de 6,9% en avril à 7,9% en septembre 2020 (chez les hommes: de 6.5% à 7.1%), entre autres à cause d'un retour plus difficile des femmes à l'emploi durant l'été.

Parallèlement à ce constat, les femmes travaillant dans les soins de santé (elles représentent 76% des professionnels de la santé et des travailleurs sociaux et 86% des aides-soignants) ont vu leur charge de travail exploser.

Là où le télétravail depuis le domicile était la règle, des études ont montré que ce sont les femmes qui ont supporté la plus grosse part du travail domestique additionnel, dont le fait d'accompagner l'apprentissage des enfants quand les écoles étaient fermées. Mais il y a aussi eu durant les confinements "une augmentation de la participation des pères à la garde des enfants", une évolution dont on ne peut pas encore présager de la durabilité, indique le rapport.

"Les femmes ont, en moyenne, passé 62 heures par semaine à s'occuper des d'enfants (36 heures pour les hommes) et 23 heures par semaine à accomplir des tâches ménagères (15 heures pour les hommes)", note la Commission.

Un point inquiétant est que le déséquilibre de représentation dans les organes décisionnels s'est reproduit dans la gestion de la pandémie. "Sur les 115 task forces nationales dédiées au covid-19 dans 87 pays, dont 17 États membres de l'UE, 85,2% étaient composées principalement d'hommes, 11,4% composés principalement de femmes et seulement 3,5 % étaient paritaires", rapporte la Commission sur base d'une étude externe.

Pour suivre les évolutions de chaque Etat membre dans le cadre de la stratégie européenne en faveur de l'égalité entre les hommes et les femmes, la Commission a lancé vendredi un site dédié qui devrait à terme reprendre des informations détaillées par pays.