A la veille du lancement officiel de sa campagne pour tenter de devenir le candidat à la chancellerie du camp conservateur lors des législatives du 26 septembre, ce modéré de 60 ans est entré en rébellion.

Considéré jusqu'ici comme un proche de la chancelière, partisan de la continuité, il s'est posé en défenseur des régions, dont certaines ont été accusées par Angela Merkel de laxisme dans la lutte contre la pandémie.

"Je le dis au nom des 16 chefs de gouvernement", chacun "prend très au sérieux" les règles convenues, y compris pour les restrictions, a mis au point le dirigeant de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d'Allemagne.

"Tout le monde veut que le nombre des infections baisse et tout le monde a pris des mesures appropriées dans son Land", a-t-il encore argumenté, alors qu'il est accusé de vouloir relâcher les mesures face à la grogne de l'opinion et pour doper sa popularité en berne.

Responsabilités 

La chancelière est partisane de mesures strictes pour contenir la troisième vague du virus, alors que le taux d'incidence, qui atteint 134,4 lundi en moyenne dans le pays, n'a cessé d'augmenter ces derniers jours.

Dans un entretien télévisé dimanche, elle a appelé de ses voeux l'instauration de couvre-feux, encore jamais appliqués au niveau national, et menacé de faire intervenir l'Etat central de façon plus contraignante si les règles n'étaient pas appliquées par les régions, en charge de la santé dans le système fédéral allemand.

Lors du dernier sommet entre gouvernement et régions, un quasi confinement du pays avait été annoncé pour cinq jours durant la période de Pâques avant qu'Angela Merkel ne fasse machine arrière face aux critiques.

Elle avait publiquement fait son mea culpa et pris la faute sur elle.

Dimanche, elle a mis en cause les barons régionaux, y compris M. Laschet.

"Cela n'aide pas, si l'Etat fédéral et les régions se rejettent mutuellement les responsabilités", a regretté ce dernier.

Sortir de la logique "lockdown"

Mme Merkel s'en est pris aussi à la Sarre, un des plus petits Etats régionaux du pays, qui veut mettre fin aux principales restrictions anti-Covid juste après le lundi de Pâques et rouvrir, sur présentation de tests négatifs, lieux de cultures, terrasses de cafés et restaurants, clubs de sports.

Son chef Tobias Hans, lui aussi pourtant un conservateur, a déclaré malgré tout maintenir ses plans, estimant qu'il s'agissait d'une "stratégie très prudente".

M. Laschet a lui aussi appelé à "sortir de la pure logique du +lockdown+" en promouvant l'utilisation de tests pour assouplir certaines restrictions, une option qui n'a toutefois pas la faveur de la chancelière.

Le mécontentement monte contre le gouvernement, dont la campagne de vaccination continue à patiner.

Éclaboussé en outre par des scandales impliquant certains députés, le parti conservateur (CDU) n'est plus du tout assuré de remporter les législatives.

Dimanche, un sondage du quotidien Bild a donné le camp conservateur à seulement 25%, contre une dizaine de points en plus en début d'année. La CDU-CSU est dans ce sondage talonnée par les Verts, crédités de 23% des intentions de vote.

Fragilisé par cette baisse, M. Laschet, élu il y a tout juste deux mois à la tête de la CDU, a répété lundi que le mouvement choisirait son candidat à la chancellerie entre Pâques et la Pentecôte, à la mi-mai.

S'il a de claires prétentions au poste, il souffre d'une très faible popularité, au contraire de Markus Söder, le chef du petit parti bavarois allié CSU.

Certains membres de la CDU ont d'ailleurs apporté lundi pour la première fois leur soutien publiquement au Bavarois.

"Nous devons nous lancer dans la campagne avec celui qui a les meilleures chances selon les sondages, et c'est de loin Markus Söder", a déclaré le député de la Rhénanie-Palatinat Johannes Steiniger.