Contagion dans les banlieues de Lisbonne, où le confinement est une gageure

"Si nous ne pouvons pas quitter le quartier, alors il faut nous aider", plaide un jeune habitant des banlieues nord de Lisbonne qui seront soumises à partir de mercredi à un reconfinement pour maîtriser des foyers de coronavirus qui inquiètent le Portugal.

"Si on ne peut pas travailler, on ne peut pas payer (...) Nous avons besoin de soutien alimentaire et d'une suspension du paiement de factures", a expliqué à l'AFP Iuri Fidalgo, un Portugais d'origine capverdienne vivant à la cité de Quinta do Mocho, dans la commune de Loures.

Déjà, "les gens du quartier n'arrivent pas à s'acheter des masques et du gel. C'est compliqué", s'est plaint le rappeur de 23 ans, à quelques heures de l'entrée en vigueur de nouvelles restrictions.

Avec une moyenne de 321 nouvelles infections par jour, le nombre de nouveaux cas recensés au Portugal a augmenté d'un tiers en juin par rapport au mois de mai. Ils restent largement concentrés sur la région de Lisbonne.

Pour enrayer la contagion, le gouvernement a décidé d'imposer aux quelque 700.000 habitants d'une vingtaine de quartiers un nouveau "confinement à domicile", pour au moins deux semaines.

Double peine

Double peine: les communautés les plus touchées par les récents foyers de contamination sont celles qui étaient les plus démunies pour faire face à l'épidémie de Covid-19.

"Les foyers se situent là où les populations ne peuvent pas s'arrêter de travailler et d'utiliser des transports en commun qui ne permettent pas de respecter la distance physique censée être obligatoire", explique l'adjoint au maire de Loures, Gonçalo Caroço.

Cette municipalité communiste réclamait aux autorités nationales une augmentation des fréquences des transports publics depuis plusieurs semaines. Réduite de moitié pendant le confinement imposé mi-mars, l'offre de transport doit revenir à 90% à partir de mercredi.

"J'ai peur, bien sûr. Si un bus est trop plein, je redescends", a confié Wumi Afonso, une cuisinière de 37 ans originaire de Sao Tomé et Principe, en attendant à Sacavém un deuxième bus qui doit lui permettre de rejoindre le restaurant où elle travaille à Lisbonne.

En touchant le chômage partiel, elle a pu se confiner pendant deux mois avec ses quatre enfants mais son mari n'a jamais cessé de travailler car "dans le bâtiment, on ne gagne de l'argent que si on travaille".

Dans les 19 quartiers soumis à un nouveau confinement, qui forment un ensemble contigu même s'ils s'étendent sur les municipalités de Lisbonne, Sintra, Loures, Amadora et Odivelas, les rassemblements ont été limités à cinq personnes, contre dix dans l'ensemble de la région métropolitaine et vingt dans le reste du Portugal.

"Mesures nécessaires"

"Ces mesures sont nécessaires", a pu confirmer sur le terrain l'infirmière Silvia Gonçalves, qui sillonne les quartiers de Loures avec des équipes mobilisées par la mairie depuis début juin, afin de rappeler à la population l'importance des précautions sanitaires.

Cette spécialiste en "santé communautaire" ne doute pas que le nouveau coronavirus infecte surtout "les plus vulnérables", en particulier dans les cités qui souffrent de la pauvreté, de la précarité de l'emploi et d'une sur-occupation des logements.

"Dans un quartier comme Quinta do Mocho, un petit foyer est déjà préoccupant car ses près de 3.000 habitants auront beaucoup de mal à s'isoler les uns des autres", a-t-elle expliqué.

"Tant que les gens auront faim, rien ne les empêchera d'aller travailler même étant positives au Covid-19", a souligné l'adjoint au maire. "La meilleure façon de les confiner, c'est de leur apporter le soutien social et économique dont ils ont besoin."

Depuis une semaine, la région de Lisbonne connaît de nouvelles restrictions pour éviter les attroupements, comme l'interdiction de la consommation d'alcool dans la rue ou la fermeture des commerces et des cafés dès 20H00.