Le président Erdogan évoque le chiffre de 50.000 personnes déplacées par les combats au sud de la province.

Les trois millions d’habitants de la région d’Idleb dans le nord-ouest de la Syrie sont coincés entre une offensive graduelle de l’armée syrienne au sud de ce dernier bastion djihadiste et le refus actuel de la Turquie d’ouvrir ses frontières pour accueillir de nouveaux réfugiés.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), l’une des rares sources d’information disponibles dans cette région, plus de quatre-vingts personnes ont été tuées depuis jeudi lors de violents affrontements entre les forces du régime et les groupes armés. Cinquante et un djihadistes et rebelles auraient été tués lors de combats, contre 30 combattants prorégime.

L’armée syrienne utilise des tirs d’artillerie et est soutenue par l’aviation russe. Les affrontements ont lieu en dépit d’un cessez-le-feu conclu en août, régulièrement rompu depuis.

D’aucuns craignent de nouveau une offensive majeure de l’armée syrienne, qui aurait pour conséquence de faire fuir les habitants.

C’est en tout cas la crainte de la Turquie, dont l’agence officielle Anadolu a annoncé vendredi que 80 000 civils avaient pris la fuite.

Jeudi, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait déjà évoqué le chiffre de 50 000 personnes déplacées lors du sommet des leaders musulmans de Kuala Lumpur. "Nous accueillons déjà 4 millions de personnes, et maintenant 50 000 de plus arrivent. […] Nous avons dépensé 40 milliards de dollars. Il n’y a pas de réel soutien de la part du Haut commissariat pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR) pas plus que l’Union européenne ne respecte ses promesses. Personne ne tient parole", s’est-il plaint. Il s’en est pris aussi aux pays arabes, qui ont condamné la récente offensive turque dans la région à majorité kurde du nord-est de la Syrie.

Des manifestants éloignés de la frontière par le HTS

La région d’Idleb est dominée par le groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), ex-branche syrienne d’Al-Qaïda. Selon l’OSDH, des dizaines de combattants masqués du HTS ont fait feu en l’air, vendredi avec leurs armes automatiques, pour empêcher des centaines de jeunes manifestants de joindre le poste frontière turco-syrien de Bab Al-Hawa.

En octobre, le président syrien Bachar al-Assad avait effectué sa première visite dans la province depuis le début de la guerre en 2011, affirmant que la bataille d’Idleb était la clé pour y mettre fin. Mais le sort des djihadistes qui s’y battent et des civils qui y sont coincés reste un énorme point d’interrogation.