La Dernière Heure révélait mardi matin que la police bruxelloise était intervenue dans un bar du centre-ville de la capitale, vendredi dernier, pour mettre un terme à une lockdown party, que le quotidien qualifie “d’orgie”. Selon nos confrères de la DH, les forces de l’ordre ont surpris vingt-cinq hommes, dont certains dans le plus simple appareil, parmi lesquels se trouvaient des diplomates et un député européen. Ce dernier a tenté, en vain d’échapper à la police, en passant par la corniche. Il a été cueilli par une autre équipe et a immédiatement fait état de sa qualité de parlementaire, qui garantit son immunité, puis a été escorté jusqu’à son lieu de résidence où son identité a été confirmée par son passeport.

Quelques heures après la publication de l’article, le Hongrois Jozsef Szájer (Parti populaire européen) a admis qu’il était le député concerné. Membre du parti Fidesz du Premier ministre Viktor Orban, M. Szájer a publié un communiqué dans lequel il reconnaît sa présence à la “soirée privée” dont parle “la presse belge”. En revanche, il affirme n'avoir pas consommé de drogue à cette occasion et ne s'explique pas la présence d'une pilule d'ecstasy, trouvée par la police dans sa poche. L'eurodéputé Szájer exprime ses “profonds regrets d’avoir violé les restrictions Covid”, soulignant que c’était “irresponsable de [sa] part”, et se dit prêt de s’acquitter de toute amende qui pourrait lui être infligée. Faute avouée pourrait être à moitié pardonnée, ne serait le parcours politique de JozsefSzàjer.

Un architecte de la politique hongroise de stigmatisation des LGBTQI

Cet aveu éclaire en effet d'un jour nouveau la démission de M. Szàjer de son mandat de député européen, présentée dimanche. La raison officielle alors invoquée par le Hongrois était qu’il était las de se livrer quotidiennement à un combat politique exténuant. Que l’on s’entende bien : Jozsef Szàjer, allié fidèle de Viktor Orban, affirme son plein soutien aux politiques et positions du gouvernement hongrois, ardent promoteur du concept de “démocratie illibérale”. Il ne critique pas la décision de la Hongrie, appuyée par la Pologne, de bloquer l’adoption du budget européen 2021-2027 et du plan de relance de 750 milliards pour s’opposer à la mise en place d’un mécanisme liant fonds européens et respect de l’état de droit.

M. Szàjer insiste sur le fait que son “faux pas” est une affaire strictement personnelle, et qu’il ne faut en étendre la responsabilité ni “à [sa] patrie, ni à [sa] communauté politique”. C’est vrai. L’implication du député dans ce fait divers ne concerne que lui et sa vie privée lui appartient.

Ce qui est l'affaire de tous, en revanche, est que le gouvernement hongrois mène une politique discriminatoire et vexatoire envers les personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres, soi-disant au nom de la défense des valeurs familiales et chrétiennes. Jozsef Szàjer est un serviteur dévoué du régime Orban. C'est notamment lui qui tenait la plume lors de la rédaction de la nouvelle Constitution hongroise, entamée en 2010, lors du retour du Fidesz au pouvoir. On peut y lire que la Hongrie "protégera l'institution du mariage, en tant qu'union d'un homme et d'une femme" (M. Sjàzer est lui-même marié depuis 1983 à Tünde Handò, juge à la Cour constitutionnelle hongroise). L'exécutif propose d'amender cet article qui présente la famille comme "socle de la survie de la nation", construit "sur le mariage ou la relation parents/enfants", afin de préciser que le père doit être un homme et la mère une femme. De cette façon, la Hongrie entend empêcher les couples de personnes de même sexe de devenir parents.

C'est le même gouvernement qui a voté, en mai dernier, la fin de la reconnaissance légale des personnes transgenres et intersexuées, définissant le genre comme "basé sur les chromosomes à la naissance", et interdisant de facto le changement de sexe.

De tout cela, et des stigmatisations dont la communauté LGBTQI est victime en Hongrie, Jozsef Szájer s'est fait le complice zélé. Comment traduit-on, tartuffe, en hongrois ?