Le chancelier conservateur autrichien, Sebastian Kurz, 34 ans, est visé par une enquête du parquet sur des soupçons de "fausse déclaration" devant une commission parlementaire chargée d’examiner plusieurs dossiers de corruption.

La procédure a été initiée à la suite d’accusations de l’opposition sociale-démocrate et libérale. "Il y a eu plusieurs signalements" et "l’examen mené a révélé l’existence de suspicions", a expliqué le parquet, qui a "ouvert une enquête préliminaire pour étudier les allégations".

Il s’agit d’un délit passible de trois ans de prison.

La justice soupçonne M. Kurz d’avoir menti l’an dernier devant des députés qui cherchaient à savoir s’il était intervenu dans la nomination d’un proche, Thomas Schmid, à la tête d’une holding publique.

Des SMS compromettants

Le chancelier, qui s’exprimait sous serment, avait alors nié toute intervention. Mais ces derniers mois ont fuité dans la presse des échanges de SMS entre les deux hommes suggérant qu’ils en avaient discuté ensemble. Dans un message accompagné d’emojis affectueux, le chancelier avait ainsi écrit : "Tu obtiens tout ce que tu veux." Auquel M. Schmid avait répondu : "Je suis si heureux. J’adore mon chancelier."

Cette affaire intervient alors que le ministre des Finances Gernot Blümel, autre proche de M. Kurz, est lui aussi mis en cause dans un dossier. Il est soupçonné d’être impliqué dans le financement occulte du parti conservateur ÖVP par le géant mondial des jeux d’argent Novomatic. Son domicile avait été perquisitionné en février.

Sebastian Kurz avait alors publiquement critiqué cette perquisition, ce qui avait suscité un tollé chez les magistrats, inquiets pour leur indépendance.

Ces affaires font suite au séisme politique de "l’Ibizagate". En mai 2019, au cours du premier mandat de Sebastian Kurz, en coalition avec l’extrême droite, une vidéo montrant le vice-chancelier Strache négocier des financements occultes avec une oligarque russe avait été rendue publique. La diffusion de cette vidéo tournée en 2017 avait fait tomber le cabinet et déclenché plusieurs enquêtes, au cours desquelles des soupçons de corruption visant les conservateurs étaient apparus. Depuis janvier 2020, Sebastian Kurz dirige une coalition inédite avec les Verts, qui ont obtenu pour la première fois le ministère de la Justice, occupé auparavant par les conservateurs pendant douze ans. (AFP)