L'Irlandais Phil Hogan a confirmé mercredi peu avant 22 heures par communiqué ce qu’annonçait la presse de son pays depuis plus d’une heure : “Ce soir, j’ai remis ma démission en tant que commissaire européen au Commerce à la présidente de la Commission, le Dr Ursula von der Leyen.” La cause de ce départ prématuré est le fort soupçon que le commissaire a sciemment ignoré les règles visant à empêcher la propagation du coronavirus dans son pays d’origine, lors d’un séjour qu’il y a effectué du 31 juillet au 21 août dernier. “Il était devenu de plus en plus évident que la controverse concernant ma récente visite en Irlande était en train de me distraire de ma tâche de commissaire européen et handicaperait mon travail dans les mois à venir”, écrit encore Phil Hogan. Qui, s'il admet qu'il aurait dû être "plus rigoureux dans l'application des règles" relatives au Covid-19, continue à défende qu'il n'a pas violé la loi.

L’opinion publique irlancaise avait été notamment choquée que M. Hogan ait figuré parmi les 82 invités d’un dîner de gala organisé il y a une semaine pour célébrer les cinquante ans du club de golfe Oireachtas, en dépit des règles sanitaires. Le “Golfgate” a déjà conduit plusieurs personnes à la démission, dont le ministre de l’Agriculture Dara Calleary. M. Hogan avait publié mardi un compte rendu détaillé pour réfuter les accusations de n’avoir tenu aucun compte des règles anti-coronavirus à l’occasion de son retour sur l’île. L’opération de transparence était apparue trop tardive et incomplète, la vérité sur son séjour irlandais apparaissant petit bout par petit bout.
Lui sont aussi reprochés des déplacements sur l’île ne respectant pas les règles de confinement. Lorsque le commissaire a été contrôlé par la police parce qu'il téléphonait au volant, il est apparu que Phil Hogan s'était arrêté dans sa maison de Kildare, comté confiné, pendant son trajet menant du comté de Galway à celui de Kilkenny.
M. Hogan aurait aussi dû respecter une quarantaine à la fin juillet à son arrivée en provenance de Belgique, même s’il estime que la règle ne s’appliquait pas à lui car il a subi début août un test qui s’est révélé négatif. Les excuses présentées mardi soir par le commissaire à la télévision n’ont pas suffi.

Forte pression de Dublin

Le mandat était dans les mains de la présidente von der Leyen. Lors du point presse quotidien de la Commission, mercredi, la porte-parole Dana Spinant avait jugé prématuré de parler de démission indiquant que l’Allemande examinait “minutieusement” les rapports présentés par M. Hogan et prenait le dossier “très au sérieux”. Ursula von der Leyen n'aura pas eu le temps d'arrêter sa décision.

Car même si Dublin ne dispose pas du pouvoir formel d’obliger Phil Hogan à démissionner, la pression politique était devenue intenable. M. Hogan avait perdu la confiance du gouvernement, composé du Fianna Fail du Premier ministre Micheal Martin, du Fine Gael dont Phil Hogan est membre et des Verts. Le ministre de la Santé Stephen Donnelly a lancé un appel à son compatriote pour qu’il “entende le Premier ministre et le vice-Premier ministre (Leo Varadkar, Fine Gael, NdlR) et envisage une démission”. Phil Hogan s’y est finalement résolu.

Un poste convoité à pourvoir

Vers 22h30, la présidente von der Leyen a indiqué par communiqué laconique qu’elle respectait la décision de l’Irlandais, le remerciant pour les services rendus au Commerce et, précédemment comme commissaire en charge de l’Agriculture de l’équipe Juncker, de 2014 à 2019.,

Il faut désormais pourvoir à son remplacement. Dans l'immédiat, c'est le vice-président exécutif Valdis Dombrovskis en charge de l'Economie, qui assurera l'intérim, a indiqué Ursula von der Leyen jeudi matin. La présidente a demandé à l'Irlande de lui proposer un candidat et une candidate pour le poste de commissaire. Sont cités les noms de David O’Sullivan, ancien secrétaire général de la Commission et ancien ambassadeur de l'UE à Washington, de la vice-présidente du Parlement européen Mairead McGuinness et du chef de la diplomatie irlandaise Simon Coveney. Chacun d'eux aurait, a priori, le profil pour chausser les bottes de “Big Phil”. Il faut cependant voir si Mme von der Leyen rendra au commissaire venu d’Irlande le portefeuille du Commerce – l’un des plus importants, a fortiori dans le cadre de la négociation d’une nouvelle relation avec le Royaume-Uni – ou si elle profitera de l’occasion pour remodeler la composition du collège.