Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a suscité mercredi l'indignation de nombreux responsables politiques, de droite comme de gauche, après avoir évoqué la vie privée du patron du PS Olivier Faure, sur fond d'affaire Griveaux.

"J'ai été surpris d'entendre Olivier Faure, que je connais bien et que j'ai accompagné dans ses divorces et ses séparations. J'ai été étonné de ses leçons de morale", a affirmé sur France Inter M. Castaner, au sujet de son ancien ami et camarade socialiste.


Le ministre réagissait au propos d'Olivier Faure qui avait dénoncé la veille la "légèreté incroyable" de Benjamin Griveaux, contraint de retirer sa candidature à la mairie de Paris après la diffusion de vidéos à caractère sexuel sur les réseaux sociaux.

L'intervention de M. Castaner lui a valu en retour une salve de critiques de tous bords, à commencer par le Parti socialiste.

"Amateur en tant que ministre ? Mais professionnel de l'attaque minable. Ces propos déshonorent leur auteur et le mettent au niveau de ceux qu'il prétend combattre dans cette pathétique affaire", a cinglé le patron des sénateurs PS Patrick Kanner.


"Toujours aussi lamentable", a ajouté le député Boris Vallaud.


Toujours à gauche, le secrétaire national d'EELV Julien Bayou a estimé que "le ministre des ragots se vautre dans la fange". "De quel droit le ministre de l'Intérieur dévoile la vie privé d'Olivier Faure? LREM peut réclamer l'anonymat sur les réseaux sociaux, son ministre est une vraie balance!", a affirmé de son côté Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.


Pour son collègue Manuel Bompard, député européen LFI, "on savait Castaner capable de tout. Il le confirme à nouveau. Odieux".


A droite aussi, les critiques ont fusé. "En attaquant Olivier Faure sur sa vie privée, Christophe Castaner fait la preuve de la bassesse dont est capable ce pouvoir qui dégrade chaque jour davantage le climat politique", affirme Bruno Retailleau, président des sénateurs LR.


"Ça veut dire quoi ça? +je l'ai accompagné dans ses divorces+! On rêve! Menace?", s'est exclamé Sébastien Chenu, porte-parole du RN.


Face à cette avalanche de critiques, M. Castaner a réagi lui-même sur Twitter dans un message adressé à Olivier Faure: "Cher @faureolivier, il n'y avait ni menace ni attaque personnelle dans mon propos. Nous nous connaissons depuis assez longtemps pour savoir l'un et l'autre que la vie n'est pas linéaire. Et nous y avons quelquefois fait face ensemble".


Faure dénonce une "faute grave" de Castaner

Plus tard dans la journée, le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a dénoncé la "faute grave" du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et a demandé à Emmanuel Macron d'intervenir.

"Christophe Castaner a commis une faute grave. Dès lors, il appartient au président de la République, garant de nos institutions, de convoquer le ministre de l'Intérieur dans les meilleurs délais et d'en tirer les conséquences", a souligné le patron du PS lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale.

"Ce matin une ligne rouge a été franchie", a estimé Olivier Faure, un temps très proche de son ancien camarade socialiste avant que celui-ci ne rejoigne LREM. "Le fait pour un ministre de l'Intérieur de chercher à intimider l'un des dirigeants de l'opposition en ayant recours à des insinuations relevant de sa vie privée est une atteinte au fondement de la démocratie. Ce n'est pas une affaire personnelle. C'est une question de principes".

"La vie publique exige de la probité, de la dignité et le respect de l'Etat de droit. Depuis quelques jours, la vie politique a pris un tournant inquiétant", a ajouté le député de Seine-et-Marne.