Le tête-à-tête entre le pape, très sensible à la présomption d'innocence et au sort des prisonniers, et son ancien "ministre" de l'Economie n'est pas surprenant.

Il semble toutefois hautement improbable que le prélat australien de 79 ans se voit confier une nouvelle fonction au Saint-Siège.

Le cardinal Pietro Parolin, numéro deux du Vatican, avait mis les points sur les "i" au lendemain du retour à Rome du prélat australien.

"Il n'y a eu aucune convocation du cardinal Pell par le pape", avait-il confié à des journalistes en marge de la présentation d'un livre, "le cardinal Pell devait venir à Rome pour fermer sa permanence, il était parti et avait encore son appartement".

Le cardinal Pell, qui devait théoriquement observer une quarantaine de 14 jours en arrivant d'Australie, semble l'avoir légèrement écourtée pour aller voir le pape.

Il avait déjà été photographié récemment à une terrasse de café près de la Cité du Vatican.

Cet homme connu pour sa poigne et sa connaissance des affaires économiques avait été nommé en 2014 par le pape François à la tête d'un inédit Secrétariat à l'Economie, chargé de contrôler les finances et dépenses dans les différentes administrations du Saint-Siège.

La tâche avait suscité une grande résistance interne dans une Curie romaine (gouvernement du Vatican) habituée à une grande autonomie financière.

Une hypothèse "complotiste" relayée récemment par le quotidien Il Corriere della Sera, selon laquelle le cardinal italien Angelo Becciu (influent prélat congédié le 24 septembre par le pape pour des soupçons de malversations) aurait fait parvenir 700.000 euros en Australie pour rémunérer des témoins australiens et incriminer le cardinal Pell, a fait l'objet de démentis.

"Je démens de façon catégorique une quelconque interférence dans le procès concernant le cardinal Pell", a écrit le cardinal Becciu, tandis qu'un témoin anonyme qui a accusé le prélat en Australie a également démenti via son avocat dans la presse australienne.

Le cardinal Pell avait été condamné en février 2019 à six ans d'incarcération pour des viols et agressions sexuelles sur deux enfants de choeur en 1996 et 1997 dans la cathédrale Saint-Patrick de Melbourne (sud-est), dont il était l'archevêque.

Le Vatican avait réagi à cette "nouvelle douloureuse" en assurant de son "profond respect" pour la justice australienne et en rappelant toutefois que le cardinal Pell se disait innocent et qu'il avait "le droit de se défendre jusqu'en dernière instance".

Le cardinal avait toutefois été démis de son poste de Secrétaire à l'Economie du Vatican, alors que son mandat de cinq ans s'achevait. Le Vatican avait annoncé qu'une enquête canonique interne à l'Eglise serait ouverte sur le cardinal Pell.

Sa condamnation en Australie, confirmée en appel, avait finalement été cassée par la Haute Cour du pays, qui l'a acquitté en avril de cinq chefs d'accusation de violences sexuelles, au bénéfice du doute.

Mgr Pell, incarcéré plus d'un an, était alors sorti de prison en estimant que l'arrêt permettait de réparer "une grave injustice".

Le Vatican avait alors salué la décision de justice. Et le pape avait appelé à prier pour ceux "qui souffrent pour un jugement injuste à cause de l'acharnement", sans nommer le cardinal Pell.