La paix véritable se construit sur la confiance et non sur la terreur, a argumenté le pape, en voyage au Japon.

Le discours restera dans les annales. Ce dimanche à Nagasaki, ville japonaise martyre de la bombe atomique en 1945, le pape a démonté et condamné avec une grande fermeté la logique de la dissuasion nucléaire garantissant la paix. Une logique qui justifie la détention des armes nucléaires, mais qui serait en réalité une "fausse sécurité" qui envenimerait les tensions dans le monde, a tenu à argumenter le pape tout au long d’un discours qui fut une véritable réflexion sur la paix, l’éthique et la diplomatie.

Le pape, arrivé dimanche matin sur l’île de Kyushu (sud-ouest du Japon), où se trouve la ville de Nagasaki, a d’abord prié en silence sous une pluie battante devant le principal monument du "parc de la paix", lieu d’impact de la bombe atomique qui fit 74 000 morts le 9 août 1945 et dans les mois suivants.

Une première pour l’Église catholique

"La possession des armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive n’est pas la réponse la plus appropriée" à l’aspiration de paix et de stabilité, a alors attaqué le pape. "Notre monde vit la perverse dichotomie de vouloir défendre et garantir la stabilité et la paix sur la base d’une fausse sécurité soutenue par une mentalité de crainte et de méfiance qui finit par envenimer les relations entre les peuples et empêcher tout dialogue", a-t-il ajouté, démontant l’argumentaire classique de la dissuasion nucléaire.

L’horreur de la guerre et des armes, un cri récurrent de l’Argentin Jorge Bergoglio, s’inscrit dans la continuité des papes qui l’ont précédé. Mais un rejet clair de la théorie de la dissuasion nucléaire constitue une rupture avec le passé. Devant l’Onu en 1982, Jean-Paul II avait défini la dissuasion nucléaire comme un mal nécessaire "dans les conditions actuelles".

Le Saint-Siège a ratifié en 2017 le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). Voici deux ans, lors d’un symposium au Vatican, François avait condamné "la possession" même d’armes nucléaires ainsi que "la menace de leur usage". Car pour lui, les relations internationales ne peuvent pas être fondées sur les intimidations militaires.

Il faut bâtir une "confiance mutuelle qui brise la dynamique de méfiance qui prévaut actuellement", a-t-il insisté à Nagasaki. " La véritable paix ne peut être qu’une paix désarmée", a-t-il défendu plus tard dans la journée, lors d’une visite à Hiroshima où avait été larguée trois jours avant Nagasaki une autre bombe nucléaire, qui fit 140 000 morts.