Atteint de la maladie d'Alzheimer et de problèmes cardiaques, le septuagénaire "est mort lundi à 15h00 à l'Unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI) de la Pitié-Salpétrière à Paris", a annoncé le procureur de Paris, Rémy Heitz, à l'AFP.

Une enquête a été ouverte pour "recherches des causes de la mort", a ajouté M. Heitz, une pratique systématique dans le cadre d'un décès en milieu pénitentiaire.

Michel Fourniret était hospitalisé à la Pitié-Salpétrière depuis le 28 avril, avait indiqué un peu plus tôt le ministère de la Justice.

Selon Le Parisien, qui a révélé son hospitalisation, le détenu avait été "placé dans le coma" et était "considéré par les médecins comme non-réanimable". Un protocole d'accompagnement de fin de vie avait été engagé, a ajouté le quotidien.

"Il appartient désormais à l'autorité judiciaire de constater l'extinction de l'action publique à son encontre", ont estimé dans un communiqué ses avocats, en précisant avoir récemment "demandé une demande de suspension de peine", son état de santé étant "considéré par les médecins de l'Unité hospitalière sécurisée comme +durablement incompatible avec la détention+".

"Sentiment de colère" 

"C'est à la fois un sentiment de colère devant tant d'années d'inaction", a réagi auprès de l'AFP Me Didier Seban, l'avocat de plusieurs familles de disparues, dont Estelle Mouzin, en regrettant qu'il n'y aurait pour elles "pas de procès" et "pas de possibilité d'avoir les réponses attendues".

Le tueur en série a avoué en mars 2020 sa responsabilité dans la mort d'Estelle, disparue en 2003 à l'âge de 9 ans à Guermantes (Seine-et-Marne), devant la juge d'instruction parisienne Sabine Kheris, qui a repris les investigations en 2019.

Malgré ces aveux et des détails fournis par l'ex-épouse du tueur, Monique Olivier, le corps de la fillette n'a toujours pas été retrouvé au cours des différentes séries de fouilles récentes qui ont été menées dans les Ardennes.

"Grâce à l'action de la juge d'instruction Sabine Kheris et des enquêteurs, on sait maintenant ce qui est arrivé à Estelle, mais pour d'autres familles c'est sans doute trop tard", a ajouté Me Seban en appelant la justice à changer son "paradigme" pour enquêter sur les "cold cases".

L'avocat a participé à un groupe de travail qui a remis fin mars à la Chancellerie 26 recommandations pour améliorer en France le traitement des affaires non-résolues.

Michel Fourniret était aussi mis en examen dans les dossiers de Marie-Angèle Domece et Joanna Parrish ainsi que depuis décembre 2020 dans celui de Lydie Logé, une jeune femme de 29 ans disparue en 1993 dans l'Orne.

"Michel Fourniret part avec ses secrets", a pour sa part commenté auprès de l'AFP Me Richard Delgenès, avocat de l'ancienne épouse du tueur, également mise en examen dans ces dossiers. "Comme on a encore beaucoup d'affaires en cours, Monique Olivier restera la seule dans le box des accusés à rendre des comptes", a-t-il ajouté.

"Cold cases" 

Outre les dossiers instruits par Mme Kheris, les enquêteurs planchent sur une série d'autres affaires non-résolues dans lesquelles il pourrait être impliqué, en analysant des traces ADN prélevées notamment sur un matelas saisi en 2003 dans la maison de la soeur défunte de Fourniret, à Ville-sur-Lume (Ardennes).

Car le parcours de celui qui s'est vanté d'avoir tué deux personnes par an entre 1987 et son arrestation de 2003 comprend un trou étrange entre 1990 et 2000.

Né le 4 avril 1942 à Sedan (Ardennes), Michel Fourniret, marié trois fois et père de cinq enfants, se serait peu à peu transformé en prédateur sexuel après avoir découvert que sa première épouse n'était pas vierge.

De son propre aveu, l'ajusteur et dessinateur en mécanique, père de famille discret le jour, se serait alors mué en "braconnier" à ses heures sombres.

Il est d'abord condamné à trois reprises en 1967, 1984 et 1987 pour une douzaine d'agressions sexuelles. A sa sortie de prison en 1987, il s'installe avec Monique Olivier, sa troisième épouse, rencontrée en détention par petite annonce et dont il fait sa complice.

Leur équipée s'achève en 2003 quand Michel Fourniret est arrêté en Belgique après un enlèvement raté.

En 2004 et 2005, Monique Olivier craque et révèle aux enquêteurs onze meurtres, dont sept commis entre 1987 et 2001. En 2008, Michel Fourniret est condamné à la perpétuité incompressible avant de l'être à nouveau dix ans plus tard en 2018 pour un assassinat crapuleux lié au trésor du gang des postiches.