Le procès des attentats de janvier 2015, interrompu depuis trois semaines pour cause de cas de Covid-19, a été à nouveau suspendu lundi, faute d’accord sur le recours à la visioconférence pour le principal accusé, encore malade. Après deux heures de délibéré, le président de la cour d’assises spéciale de Paris, Régis de Jorna, a fait droit à la demande de la quasi-totalité des avocats en ordonnant "la prolongation de la suspension du procès" jusqu’au 30 novembre. Ce nouveau délai pourrait permettre à Ali Riza Polat, qui souffre de "troubles digestifs", de retrouver sa place dans le box, une expertise médicale réalisée dimanche ayant conclu que "la disparition des vomissements" pouvait être "envisagée dans un délai de quatre à cinq jours".

Il permettra par ailleurs au Conseil d’État de se prononcer sur l’usage de la visioconférence, autorisé par une ordonnance du gouvernement mais rejeté par la plupart des avocats de la défense et des parties civiles.

Le procès avait déjà été suspendu le 31 octobre après la découverte de trois cas de contamination au coronavirus parmi les accusés, dont M. Polat. Le président de Jorna avait décidé de reprendre l’audience lundi en estimant que la "participation par visioconférence" de M. Polat était "possible". Le magistrat s’était appuyé sur une ordonnance prise la veille par le gouvernement, autorisant exceptionnellement, le temps de la crise sanitaire, que l’ultime partie d’un procès criminel - plaidoiries et réquisitions - puisse se dérouler en l’absence physique des accusés. "On attend que la justice tourne, il faut savoir ce qu’on veut", s’est justifié le ministre de la Justice, l’ancien avocat Éric Dupond-Moretti.

Mais cette possibilité a provoqué lundi un tir de barrage des avocats, après une série de tribunes parues durant le week-end dans la presse.

"Rien n’est plus attentatoire à l’État de droit et à la démocratie qu’un changement de règles dans un procès en cours", a estimé Me Antoine Comte, avocat de plusieurs victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo.