La scène s’est déroulée dans la région de Kalbajar (Karvachar en arménien), à l’ouest du Haut-Karabakh, avant que les forces arméniennes entament leur retrait en vertu du cessez-le-feu signé le 9 novembre dernier.

La même scène s’est déroulée un peu plus au nord, au monastère de Davidank, le plus ancien édifice religieux du Karabakh, présent dans tous les guides du voyage. Par mesure de précaution, les moines ont démonté les cloches, enlevé les objets liturgiques et mis au secret des croix de pierre arméniennes, des Khachkars vieux de 800 ans.

Des soldats de la force de maintien de paix russes se sont positionnés dès samedi auprès du monastère, pour le protéger, non sans rappeler les mesures prises par le contingent de l’Otan, la KFOR, pour protéger les monastères serbes menacés au Kosovo.

La crainte d’une purification ethnique

Officiellement, l’Azerbaïdjan, un État multiconfessionnel à majorité chiite et issu de l’Union soviétique, s’engage à protéger les édifices chrétiens du Haut Karabakh. C’est la promesse tenue samedi par le président Aliev à Vladimir Poutine, lors d’une communication téléphonique.

Mais la diffusion, sur les réseaux sociaux, de vidéos montrant des graffitis sur la cathédrale de Chouchi ou d’un soldat hurlant “ Allouha Akhbar” sur le toit d’une église donne une autre version de ce qui se passerait en première ligne. 
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Un sentiment de revanche existe du côté azerbaïdjanais, car en fuyant leurs territoires il y a trente ans, les habitants ont dû abandonner leurs maisons, tracteurs et mosquées.
Le grand photographe français d’origine iranienne et azerbaïdjanaise Reza a ainsi capté la semaine dernière, en accompagnant la progression des forces de Bakou, l’image d’une ancienne mosquée transformée en porcherie, en accusant sur Twitter les “forces arméniennes” de l’avoir saccagée et en espérant la “libération” rapide de Chouchi.

Selon le Comité des Arméniens de Belgique, "des préparatifs seraient déjà en cours du côté azerbaïdjanais pour commencer ces opérations de destruction du patrimoine". Le Comité craint, dans un communiqué publié dimanche, " que les autorités azerbaïdjanaises profitent de la situation de transition et du fait que l’Europe, l’ONU et l’UNESCO n’ont aucune présence dans la région pour faire avancer très rapidement leur projet. De plus, beaucoup de sites se trouvent dans des lieux isolés, ce qui est propice à leur destruction sans témoin."

Très peu de retours à Stepanakert

Malgré l’appel du président de l’Artsakh (Karabakh) à revenir dans l’enclave et à y redémarrer une vie normale, les civils ne sont pas rassurés. Stepanakert, selon l’AFP, reste vidée de ses habitants tandis que les troupes russes ont pris position aux abords de la ville. Dans la région de Kalbajar, les voitures formaient samedi de longs embouteillages, direction l’Arménie.

Face au chaos et à la difficulté d’organiser un retrait organisé, Erevan a demandé, via Moscou, un délai à Bakou pour vider cette région qui faisait partie des sept districts conquis dans les années 90 en dehors du Karabakh historique. “ L’Azerbaïdjan a donné son accord pour reporter au 25 novembre la date limite du retrait des forces armées arméniennes et des colons arméniens illégaux de Kalbajar”, a indiqué un représentant de la présidence azerbaïdjanaise, Hikmet Hajiyev, une décision “ humanitaire”.
Le calendrier de retrait de deux autres districts – Agdam le 20 novembre et Latchin le 1er décembre – reste inchangé, a-t-il ajouté.

Au moins 2 300 soldats arméniens tués

Pour les Arméniens, le choc de la capitulation du 9 novembre est intense. Le Premier ministre Nikol Pachinian justifie sa signature par le fait que l’armée n’était plus en mesure de défendre le Karabakh. Il a été appuyé par le président de l’Artsakh qui a révélé qu’il n’y avait plus que 2 à 300 soldats capables pour défendre la “capitale” Stepanakert.

Erevan a aussi reconnu samedi le lourd tribut payé par ses soldats. Près de 2300 sont morts dans l’offensive, dont 1 434 étaient originaires du Karabakh. L’échange des corps – que personne n’avait pu récupérer durant les combats – a débuté sous l’égide des soldats russes et du CICR.

Le contingent russe, qui atteindra 2 000 hommes, est dirigé par le Lieutenant Général Rustam Muradov, qui a reçu le titre de “Héros de la Fédération de Russie” en 2017 alors qu’il était conseiller militaire en Syrie.