Le Parlement européen a adopté par 505 voix une résolution demandant à la Commission européenne "d'identifier les violations de l'État de droit (en République tchèque), et en cas de confirmation (...), d'activer en temps opportun le mécanisme lié à la conditionnalité pour la protection du budget de l'Union", un mécanisme européen inédit qui lie le versement de fonds européens au respect de l'Etat de droit.

"Nous attendons de la Commission qu'elle agisse clairement, pour remédier aux conséquences d'affaires passées et pour empêcher que les futurs ministres et Premiers ministres tchèques exercent leur influence sur l'octroi de fonds européens à destination d'entreprises appartenant à des membres de leur famille ou à eux-mêmes", a déclaré l'eurodéputée allemande de droite Monika Hohlmeier, rapporteure du texte.

Le Premier ministre populiste tchèque a bâti sa fortune, la cinquième de la République tchèque, en tant que propriétaire de la holding Agrofert (agro-alimentaire, chimie, médias).

En avril, un rapport de la Commission européenne a considéré que son rôle de responsable politique, tout en restant propriétaire d'un groupe ayant reçu des subventions, s'apparente à un conflit d'intérêts. M. Babis nie toute malversation.

Les eurodéputés, qui ont aussi fait part de leurs inquiétudes concernant "la pression politique exercée" sur les médias tchèques et le système judiciaire du pays, demandent qu'Agrofert rembourse toutes les subventions reçues et ne reçoive plus de financement de l'UE, tant que ce conflit d'intérêts n'est pas "pleinement résolu".

Le gouvernement tchèque ne devrait plus participer aux processus de décision de l'UE qui pourraient concerner les intérêts d'Agrofert, notamment les discussions sur la Politique agricole commune (PAC) tant que M. Babis a un intérêt économique dans ce groupe, a insisté le Parlement européen.

Andrej Babis a critiqué le vote des eurodéputés, dénonçant une "poursuite de l'interférence du Parlement européen dans les affaires internes de la République tchèque", selon l'agence de presse tchèque CTK. Continuant de nier tout conflit d'intérêts, le Premier ministre a accusé le Parlement européen "de tenter d'influencer les élections" législatives prévues en octobre.

Dans un communiqué, le groupe Agrofert a lui minimisé le vote, qualifié de "déclaration politique sans poids légal".

Le cas d'Andrej Babis a été transmis au nouveau parquet européen, chargé de lutter contre la fraude, avait indiqué jeudi dernier le procureur de Prague.

Trente eurodéputés ont voté contre le texte et 155, dont beaucoup d'élus des groupes Renew (libéraux), et ID (extrême droite), se sont abstenus. Côté belge, MR et Open Vld font partie du groupe Renew, auquel appartiennent aussi les élus du parti d'Andrej Babis, ANO 2011. Seule Hilde Vautmans (Open Vld) a malgré tout soutenu la résolution, Olivier Chastel, Frédérique Ries (MR) et Guy Verhofstadt (Open Vld) préférant s'abstenir.