La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre britannique Boris Johnson s'entretenaient lundi soir par téléphone pour décider du sort des négociations post-Brexit, toujours dans l'impasse et soumises à un calendrier de plus en plus serré.

Leur échange a débuté à 17h, heure belge, et les deux dirigeants ont convenu de faire une "pause" vers 18H30, selon des sources européennes, qui n'en ont pas donné la raison.

Mme von der Leyen et M. Johnson avait accordé samedi deux jours supplémentaires à leurs négociateurs pour tenter de trouver une issue. Rien n'a encore filtré de la teneur de leur conversation.

Ils pourraient décider de mettre un terme à ces pourparlers laborieux, ou plus probablement de s'accorder encore quelques jours.

Lors d'un point sur les pourparlers lundi matin avec des eurodéputés, le négociateur européen Michel Barnier avait estimé qu'une décision sur la possibilité de conclure ou non un accord devait être prise d'ici mercredi, à la veille d'un sommet européen des Vingt-Sept.

Avant ce coup de fil très attendu, une visioconférence a eu lieu entre Mme von der Leyen, le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil européen Charles Michel, officiellement pour préparer ce sommet européen. Mais le Brexit a fait partie des discussions.

En fonction du résultat des tractations, les 27 dirigeants de l'Union européenne pourraient être invités jeudi à examiner les grandes lignes d'un accord... ou à acter un échec, exigeant alors la préparation de mesures d'urgence.

Après une première journée de discussions dimanche, achevée dans la nuit, Michel Barnier et son homologue britannique David Frost ont repris lundi leurs échanges à Bruxelles.

Lors d'une rencontre au petit matin avec les ambassadeurs des Vingt-Sept, Michel Barnier n'a pas caché l'absence de progrès sur les trois principaux points de blocage, toujours les mêmes: la pêche, les conditions de concurrence équitable et le futur mécanisme de règlement des conflits.

Apaisement

Les négociateurs travaillent sous la pression inexorable du calendrier puisqu'un éventuel accord commercial - de plus de 700 pages - devra encore être ratifié par les parlements britannique et européen avant d'entrer en vigueur le 1er janvier.

"Cela devient de plus en plus acrobatique (...) Ca va devenir intenable dans les jours qui viennent", a affirmé à l'AFP l'eurodéputée Nathalie Loiseau. "Si les esprits ne sont pas prêts, revoyons-nous l'an prochain", a-t-elle ajouté.

Un porte-parole de Boris Johnson a cependant rejeté l'éventualité de continuer à négocier en 2021.

Il faut aussi compter avec l'extrême vigilance des Etats membres qui espèrent un accord, mais s'inquiètent de concessions trop importantes aux Britanniques, certains, comme la France, menaçant d'un veto un accord qui ne lui conviendrait pas.

L'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, un sujet qui ne semble toujours pas avoir progressé, reste hypersensible pour certains Etats membres, France et Pays-Bas en tête.

Sur les conditions de concurrence équitable, destinées à garantir une convergence en matière d'aides publiques, de normes sociales ou environnementales, la difficulté est de trouver un système qui respecte la souveraineté retrouvée de Londres tout en protégeant les intérêts européens.

Signe d'apaisement, le gouvernement britannique s'est dit lundi disposé à renoncer aux clauses controversées d'un projet de loi remettant en cause le traité encadrant le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne, une concession à Bruxelles pendant cette ligne droite. Les Européens étaient en effet furieux de voir les Britanniques remettre en cause cet accord.

Depuis son départ officiel de l'UE, le Royaume-Uni continue d'appliquer les règles européennes. Ce n'est qu'à la fin de cette période de transition, le 31 décembre, qu'interviendra sa sortie du marché unique et de l'union douanière.

Faute d'accord, les échanges entre Londres et l'UE se feront dès le 1er janvier selon les seules règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane ou de quotas, au risque d'un nouveau choc pour des économies déjà fragilisées par le coronavirus.