Un nouveau compromis sur l'attitude à adopter face à Ankara était en discussion lors du dîner des chefs d'Etat et de gouvernement à Bruxelles, mais il n'était pas jugé assez dur par Nicosie, a indiqué à l'AFP une source européenne.

Le conflit en Méditerranée orientale, où la Turquie, la Grèce et Chypre se disputent des gisements d'hydrocarbures, est décisif pour l'issue du sommet: Nicosie refuse de donner son aval à des sanctions contre le régime de Loukachenko si l'Union n'adresse pas d'abord un message musclé à la Turquie pour qu'elle cesse ses opérations illégales de forage dans ses eaux.

Chypre réclame que l'option des sanctions figure noir sur blanc dans les conclusions de la réunion sur les relations entre l'UE et la Turquie, exigeant des mesures ciblées, ou une menace "claire et précise dans le temps", selon plusieurs sources concordantes.

De son côté, la Grèce voudrait que les Européens utilisent "la carotte et le bâton": des offres d'ouverture à l'égard d'Ankara, notamment sur l'union douanière, mais assorties de menaces de représailles si la Turquie poursuit ses actions déjà condamnées par l'UE, selon une source diplomatique grecque.

"L'heure est venue pour l'Europe de discuter avec courage et sincérité du genre de relations qu'elle veut vraiment avoir avec la Turquie", avait insisté avant le sommet le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, pour qui les "provocations de la Turquie ne peuvent plus être tolérées".

Un projet de compromis a été élaboré lors d'une réunion restreinte organisé par le président du Conseil européen Charles Michel avec les dirigeants grec, chypriote, français et allemand, et ce texte a été soumis aux dirigeants durant leur diner de travail, toujours en cours après 23H00 (21H00 GMT), selon plusieurs sources européennes.

"Solidarité non négociable"

La voie est étroite pour les Vingt-Sept qui ne veulent pas le dialogue qu'Athènes et Ankara ont promis de reprendre à la suite d'une médiation allemande.

"La solidarité à l'égard de la Grèce et de Chypre (...) est non négociable", a averti le président français Emmanuel Macron à son arrivée à Bruxelles. "Quand un Etat membre de l'UE est attaqué, menacé, lorsque ses eaux territoriales ne sont pas respectées, il est du devoir des Européens de se montrer solidaires", a-t-il ajouté.


Plus nuancée, la chancelière allemande Angela Merkel a fait valoir que "l'Union européenne a beaucoup d'intérêt à développer une relation réellement constructive avec la Turquie, malgré toutes les difficultés".

Signe d'une volonté d'apaisement, un accord a été trouvé jeudi à l'Otan entre Grèce et Turquie sur un mécanisme pour éviter les conflits. Mais le président Recep Tayyip Erdogan, qui s'est dit déterminé "à maintenir les voies du dialogue ouvertes", a déploré que les Européens soient "pris en otages" par les Grecs et les Chypriotes.

Or, un compromis face à la Turquie est indispensable pour déclencher les sanctions contre le Bélarus, prêtes depuis plusieurs semaines mais bloquées par Chypre qui conditionne son feu vert.

Une liste d'une quarantaine de responsables bélarusses, accusés de répression contre l'opposition ou de falsification du résultat de la présidentielle, a été mise au point par l'UE, mais elle doit être approuvée à l'unanimité des Etats membres.

Y inclure ou non le président Alexandre Loukachenko, que l'UE ne reconnaît plus comme président, fait partie des discussions.

Rejet des "ingérences"

"Si l'UE se rallie à nous (...) cela pourrait aider beaucoup", a déclaré jeudi à la radio RTL l'opposante bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa.

Selon leur projet de conclusions, obtenu par l'AFP, les dirigeants devraient condamner "les violences inacceptables" ainsi que "les intimidations, arrestations et détentions arbitraires" d'opposants par le régime d'Alexandre Loukachenko. Ils devraient aussi appeler à rejeter toute "ingérence extérieure", une mention visant implicitement Moscou.

Autre sujet de préoccupation pour les Européens, la situation au Nagorny Karabakh, théâtre de combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais, malgré les appels au cessez-le-feu. Une internationalisation du conflit risque de déstabiliser une région où des puissances comme la Russie et la Turquie sont en concurrence.

Emmanuel Macron a affirmé disposer d'informations sur la présence de "combattants syriens de groupes jihadistes", "un fait très grave qui change la donne" dans ce territoire en majorité peuplé d'Arméniens, qui a fait sécession de l'Azerbaïdjan à la fin de l'URSS.