Après une nuit tendue de pourparlers sous différents formats, les dirigeants de l'Union européenne ont brièvement repris leur réunion à 27 lundi peu avant 6h du matin, dans leur recherche d'un accord sur un plan de relance massif post-coronavirus et le budget 2021-2027 de l'UE. La séance a été rapidement suspendue, mais la négociation est toujours vivante: les Vingt-sept ont été invités par le président du Conseil Charles Michel à se retrouver à 16h. La nuit a permis à certaines délégations, dont celles des pays dits "frugaux", de se réunir, ainsi qu'à M. Michel de mener de nouvelles réunions en tête-à-tête.

"Des négociations difficiles viennent de se terminer, nous pouvons être très satisfaits du résultat d'aujourd'hui. Elles se poursuivent dans l'après-midi", a commenté le chancelier autrichien Sebastian Kurz, dont le pays fait bloc avec les Pays-Bas, la Suède et le Danemark. Soutenus par la Finlande, ces pays qui se qualifient de "frugaux" ou d'"économes" réclament depuis le début du sommet une réduction drastique de l'ampleur du plan de relance, qui devra injecter plusieurs centaines de milliards d'euros ces prochaines années dans les économies des pays les plus touchés par les conséquences de la pandémie - comme l'Italie et l'Espagne - au moyen d'un emprunt commun historique.

Le but de cet emprunt est non seulement solidaire, mais il vise aussi à éviter l'écroulement d'économies nationales qui affecterait durement l'ensemble du marché intérieur.

Le consensus étant nécessaire, M. Michel a déjà dû revoir à deux reprises sa proposition de fonds de relance, que la Commission et lui-même voulaient initialement à 750 milliards d'euros répartis en 500 milliards de subventions et 250 milliards de prêts.

Les "frugaux", plus favorables à des prêts parce que ces derniers doivent être remboursés, demandent de réduire cette solidarité avec un plafond à 700 milliards répartis pour moitié entre subventions et prêts. Mais le couple franco-allemand, partisan d'une relance "ambitieuse", se refusait à descendre sous les 400 milliards de subventions.

Selon une source européenne, une nouvelle proposition chiffrée sera distribuée aux délégations d'ici la reprise, basée sur un montant de subventions de 390 milliards dans le plan de relance. Cette nouvelle proposition inclurait des rabais limités. Actuellement cinq pays, qui donnent plus qu'ils ne reçoivent au budget de l'UE, bénéficient de ces remboursements sur leur contributions nationales (les quatre frugaux ainsi que l'Allemagne).

"Les discussions avancent dans la bonne direction", commentait prudemment une source diplomatique.

La tension a été palpable tout au long de la nuit, nombre de pays reprochant aux frugaux - que d'aucuns qualifient plutôt de radins - de se cacher derrière la demande de lier l'octroi de subventions européennes au respect de l'État de droit pour bloquer le Sommet.

Ce lien est l'une des pierres d'achoppement de la négociation. Proposé par la Commission, il est combattu par plusieurs pays de l'est comme la Pologne et la Hongrie - deux pays dans le collimateur de l'UE pour leurs réformes judiciaires controversées et leurs atteintes à la société civile - mais aussi par la Slovénie dont le nouveau dirigeant est accusé par le Conseil de l'Europe d'avoir pris le prétexte de la pandémie pour introduire des restrictions disproportionnées à la liberté de la presse.

Pour le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, le sommet a failli échouer dimanche soir. Il se dit toutefois satisfait concernant les engagements que les pays devraient prendre pour pouvoir bénéficier de subventions, ainsi que sur le suivi des réformes économiques. Le Néerlandais a estimé que le vibrant plaidoyer tenu par Charles Michel dimanche soir après le dîner, exhortant les Vingt-sept à réussir dans leur "mission impossible" pour ne pas montrer "le visage d'une Europe affaiblie", a pu aider.